SECURITE ET DEFENSE PAR ERIC JL BRETON - PRISONNIERS
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Mercredi 4 juin 2003

PRISONS
La population carcérale à son niveau de 1946 En juin, le nombre de détenus a encore battu un record et dépasse pour la première fois depuis la Libération la barre de 60.000, pour 48.603 places. Le nombre de détenus dans les prisons françaises a passé pour la première fois depuis la Libération la barre des 60.000 avec 60.513 prisonniers, a indiqué mercredi l'Administration Pénitentiaire. Le nombre de condamnés est de 38.072 et celui des prévenus de 22.441, selon la même source. Jamais depuis la Libération, où le nombre de prisonniers s'élevait à plus de 62.000 en 1946, les prisons n'avaient été aussi pleines. Le nombre de places dans les prisons françaises est de 48.603 places et le taux d'occupation est donc de 124,5 %. Il s'agit d'un nouveau record pour le système pénitentiaire français, une performance désormais améliorée chaque mois. L'administration avait en effet déjà établit un record de surpopulation le 1er mai dernier avec 59.871 détenus, battant celui du mois récédent. "Un huis clos estival explosif" Pour l'Observatoire international des prisons (OIP), ce nombre record de détenus crée "les conditions d'un huis clos estival explosif". "Il faut arrêter de coller n'importe qui en prison. Cette préférence carcérale est un gâchis humanitaire et une usine à récidives", avait déclaré en mai un responsable de l'organisation de défense des droits des prisonniers, Patrick Marest. "On est en train de créer les conditions d'un huis clos estival explosif. Ce chiffre est le plus élevé depuis 1946 et ce triste record sera encore battu au cours des deux mois qui viennent" avant la baisse traditionnelle due aux grâces présidentielles du 14 Juillet, a ajouté le responsable.

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-06-04 12:00:51
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Mardi 6 mai 2003

PRISONS
Des prisonniers condamnés à de longues peines pourront recevoir leurs proches, pendant 6, 24, 48, voire 72  heures | AFP
Des prisonniers condamnés à de longues peines pourront recevoir leurs proches, pendant 6, 24, 48, voire 72 heures | AFP

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ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-06 12:38:43
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Lundi 5 mai 2003

PRISONS

Prisons : un plan de partenariat public-privé
Photo AFP.                                                                                                                                                                                                                                                     Dans un entretien au Figaro entreprises ce lundi 5 mai, Pierre Bédier, secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la Justice a exposé un plan de financement pour les nouveaux établissements pénitentiaires. *
**[ lire l'article ]
[ 05/05/2003 11:32 ]

 

Le gouvernement lance les prisons privées 18 nouveaux établissements créés d'ici 2007 seront la propriété des entreprises constructrices. L'Etat sera locataire de ces "partenaires privés". Pierre Bédier Pour la première fois en France la propriété de prisons va être confiée aux entreprises privées chargées de leur construction tandis que l'Etat ne sera que leur locataire, a annoncé lundi le secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice, Pierre Bédier, ouvrant ainsi selon lui un marché de "un milliard de francs". "A l'occasion de la construction de 18 nouveaux établissements pénitentiaires, soit environ 10.000 places, nous allons faire évoluer les relations entre public et privé", affirme en effet Pierre Bédier dans Le Figaro Entreprises de lundi. "La construction, la maintenance et le financement seront confiés à des sociétés privées, dont l'Etat sera le locataire (...). A échéance du contrat, soit au bout de 15, 20 ou 30 ans, l'Etat pourra récupérer la pleine propriété en exerçant une option d'achat". Selon le secrétaire d'Etat, "cette formule nous permettra d'aller beaucoup plus vite et d'optimiser des moyens budgétaires". Cependant les surveillants de prison resteront des agents de l'Etat. La construction de ces 18 prisons représentera un chiffre d'affaires "d'environ un milliard d'euros pour les 18 établissements, hors entretien et frais financiers", a-t-il précisé. "Les partenaires privés" Pierre Bédier a annoncé le lancement d'un premier appel d'offres "pour choisir, cet été, un consultant chargé d'organiser la consultation. Les partenaires privés seront sélectionnés à la fin de l'année prochaine. Et les premiers établissements devraient être inaugurés dès 2007". Autre "innovation" du secrétaire d'Etat, l'allocation de ces contrats de construction ne se fera pas par la voix classique de marchés publics, une procédure obligeant au respect d'un certain nombre de précautions mais trop lourd selon le gouvernement. C'est en effet un décret qui fixera les conditions de passation des marchés ainsi que le montant des loyers qui, précise Le Figaro prendront en compte la rémunération du capital investi. "La plus totale opacité" Le syndicat national pénitentiaire Force Ouvrière a protesté lundi contre cette annonce. Dans un communiqué, le syndicat écrit qu'il "ne peut que douter de la motivation des investisseurs qui se partageront un très juteux marché dans la plus totale opacité". FO cite notamment le précédent du "programme 13.000", mis en place par l'ancien garde des Sceaux Albin Chalandon (1986-1988), "dont la gestion et la maintenance confiée aux prestataires privés de service sont autrement moins optimales qu'annoncées".


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-05 12:07:09
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Samedi 3 mai 2003

PRISONNIERS

Les mesures imposées par Perben inquiètent surveillants et prisonniers.
Par Dominique SIMONNOT

samedi 03 mai 2003


 
 
 

«Cette fermeture des portes a été faite avec une légèreté incroyable. On joue avec nos vies ! Et pour les détenus, il n'y a aucun objectif, aucun espoir !» Thierry Cordelette, surveillant
 

nfermés et un peu plus encore. Avec une «police pénitentiaire» (1), des fouilles systématiques. Et dans les maisons centrales, où vivent les condamnés à de (très) longues peines, la fermeture des portes de cellule. Ce sont les ordres du garde des Sceaux, Dominique Perben. Des décisions prises avant même les évasions spectaculaires des prisons de Fresnes (à l'explosif, le 12 mars), Borgo (aux fausses armes, le 7 mars) et Luynes (en hélicoptère, le 14 avril), toutes pourtant des maisons d'arrêt, où sont hébergés les prévenus et les courtes peines. Le 14 mars, en tout cas, le ministre a expliqué avoir donné des «instructions précises» aux directeurs régionaux de l'administration pénitentiaire et menacé : «S'ils ne les exécutent pas, je changerai les directeurs régionaux.»

Petit à petit, donc, les portes, ouvertes depuis une dizaine d'années, dans la journée et qui permettaient aux détenus de se rencontrer, de discuter, de rejoindre les salles d'activités, sportives ou culturelles, se sont refermées. Cette mesure, les surveillants la demandaient depuis longtemps, mais pas de cette manière. Pas du jour au lendemain. Quant aux prisonniers... Quelques dizaines d'entre eux ont allumé un incendie à la centrale de Clairvaux le 14 mars. Les surveillants parlent même d'une «bataille rangée avec des détenus armés de cutter». A Moulins, où les portes sont closes depuis le 13 février, un collectif de détenus a rédigé un texte de protestation. Ils y expliquent que, dans un premier temps, «le directeur a parlé d'une mesure temporaire, suite à l'agression d'un surveillant». Mais la mesure a perduré : «En fermant les portes des cellules, il [le directeur] fermait le peu de vie qui nous restait. La privation de liberté métamorphosée en privation de vie sociale, d'activités et de rencontres.» Les détenus préviennent : «Cette situation est invivable et le "silence tout va bien" n'arrange en rien le malaise des personnes détenues en général et moins encore celui des longues peines, condamnées à une mort lente, sans futur, sans espoir et sans que personne ne s'inquiète de cette réalité.» Selon un directeur d'établissement, «il ne faut pas faire d'angélisme, bien sûr, nous gardons des gens dangereux, mais il n'est vraiment pas nécessaire de raidir la discipline à ce point, alors que la technologie est déjà hautement sécuritaire. Ni d'en rajouter face à des gars totalement verrouillés par des peines de plus en plus longues». Propos des principaux concernés.

Thierry Cordelette, surveillant à la centrale de Clairvaux, membre de l'Ufap (2)

«Pendant dix ans, il n'y a eu aucune règle dans les centrales. Les détenus vivaient à Clairvaux avec les portes des cellules ouvertes et circulaient dans la journée. Mais, du jour au lendemain, brutalement, il a fallu appliquer les directives du ministre de la Justice. On a fermé les portes. C'est vrai que nous le demandions depuis longtemps. Imaginez que vous êtes surveillant, seul et que vous vous trouvez face à un groupe de trente détenus... Mais cela n'aurait jamais dû se passer comme ça, sans explications à la population pénale, sans renforcement du personnel.

«Pour fermer les portes, il faut donner des occupations aux détenus. On ne peut pas enfermer 23 heures sur 24 dans une cellule un type condamné à dix ans, vingt ans ou à perpétuité. Voilà, c'est fait, et les détenus ne peuvent pratiquement plus bouger. Ceux qui font du sport sortent une à deux heures par jour avec la promenade, ceux qui travaillent vont à l'atelier, les autres restent en cellule. On en fait des fauves. On l'a dit à tout le monde, à nos supérieurs, aux autorités, il va y avoir des morts ! En treize ans de carrière j'ai échangé énormément avec les détenus, j'ai beaucoup appris. Ce ne sont pas des enfants de choeur, mais je peux dire que si demain je prenais une perpet', je n'accepterais sûrement pas ces conditions de détention.

«Avec le précédent gouvernement, on avait réfléchi à une loi pénitentiaire, à des régimes de détention progressifs, évolutifs, en améliorant le quotidien pour ceux qui font des efforts, qui veulent se réinsérer. Là c'est pour tout le monde la même dureté. Cette fermeture des portes a été faite avec une légèreté incroyable. C'est n'importe quoi. On joue avec nos vies ! Et pour les détenus, il n'y a aucun objectif, aucun espoir !»

Un détenu de la centrale de Moulins-Yzeure (Allier)

«L'appel a lieu à 7 heures du matin, et à 7 h 15 il y a le départ de ceux qui travaillent aux ateliers et qui en reviennent à 13 h 30. Les autres restent en cellule. Logiquement, à 14 h 05, c'est la promenade, mais depuis que les portes sont fermées, nous sortons tous les jours avec quinze minutes de retard. Pour accéder à la cour, nous traversons toute la détention et nous sommes désormais fouillés à l'aller. Imaginez le bouchon quand 8 à 10 personnes attendent la fouille ! Tout cela c'est du temps en moins pour la promenade ! Au retour, nous sommes fouillés aussi et nous réintégrons nos cellules dont les portes sont fermées depuis deux mois.

«Pour chaque mouvement, il faut sonner un surveillant qui se charge d'envoyer le surveillant d'étage, que ce soit pour vider la poubelle, pour aller à la douche ou à l'infirmerie. A la douche, maintenant, nous sommes enfermés à clé et il faut à nouveau sonner pour sortir. Plus infantilisant, je ne crois pas que cela existe ! Et les surveillants ont cent fois plus de trajets à faire, de tours de clé à donner.

«Depuis que des détenus ont essayé de s'évader, il y a ici une pression constante. Je ne parle même pas des intervenants extérieurs, les professeurs et autres, qui, eux, ont jeté l'éponge depuis un bon moment, en ne venant plus dans cette espèce de mouroir !»

Une femme de détenu de la centrale de Moulins-Yzeure

«Depuis la tentative d'évasion, il y a une tension terrible, côté surveillants et côté détenus. Ils ont fermé les portes des cellules, et le directeur nous a dit qu'il suivait les directives ministérielles. Des surveillants nous ont raconté qu'ils avaient été sanctionnés pour ne pas avoir fermé ces portes, et même menacés de mutation. Comme les transferts ont été stoppés, du même coup les détenus qui suivent une scolarité et doivent passer des examens en ont été empêchés : ils sont transférés dans d'autres prisons le temps de l'examen. Alors ils ont perdu leur année scolaire. Dans la vie de tous les jours, les détenus sont obligés d'appeler pour le moindre geste. L'autre jour, l'un d'eux a été oublié trois heures dans la douche. Il y a quinze jours, nous attendions pour entrer au parloir et, à l'extérieur, il y avait ces nouvelles brigades d'intervention, une centaine d'hommes bottés, casqués, cagoulés qui sont entrés au pas de course dans l'établissement. Ça fait un effet terrible.

«Et puis, on ne peut s'empêcher de penser que s'ils sont cagoulés c'est qu'il va se passer des choses anormales... L'ambiance est très dure, il va se passer quelque chose de grave !».

(1) Les Eris (équipes régionales d'intervention et de sécurité) formées de surveillants «anonymes».

(2) Union fédérale autonome pénitentiaire.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-05-03 11:21:08
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Mardi 29 avril 2003

DETENUS
JUSTICE Le bracelet, mesure alternative à l'enfermement proposée au garde des Sceaux

 
Trois mille détenus bientôt en «liberté électronique»
Dominique Perben, ministre de la Justice, a reçu hier le rapport de la mission confiée à Jean-Luc Warsmann, député UMP des Ardennes, sur «les alternatives à la prison et les moyens de limiter les effets de désocialisation provoqués par l'incarcération». La remise de ce document intervient dans un contexte de surpopulation carcérale : 59 155 détenus au 1er avril pour 48 603 places, un record depuis la Libération. Le rapport prône le développement de mesures alternatives à l'emprisonnement – semi-liberté, travaux d'intérêt général, etc. Il en propose la systématisation pour purger les trois derniers mois d'incarcération dans le cas de courtes peines. Cette modification législative pourrait intervenir rapidement, selon le garde des Sceaux. Parmi les autres propositions, figure la généralisation du bracelet électronique, qui permet aux détenus ayant une peine ou un reliquat de peine inférieur à un an de l'exécuter en liberté surveillée. Le ministre souhaite son extension, annonçant que 350 bracelets seront disponibles d'ici à fin juin et 3 000 à l'horizon de 2005. Largement utilisé dans les pays anglo-saxons, le bracelet est aujourd'hui à l'état d'expérimentation en France : 143 condamnés en bénéficient actuellement. L'administration pénitentiaire n'a enregistré que 39 échecs sur 671 cas depuis octobre 2000. Le plus sanglant a eu lieu mi-avril, à Lille, où un «détenu électronique» a tué son fils et s'est suicidé. Pour les autorités judiciaires, ce revers ne doit pas remettre en cause un système qui permet d'éviter les effets désocialisants de la détention, comme dans le cas de Michel (lire ci-dessous), placé sous bracelet depuis trois mois à Grenoble.

Delphine Legohérel
[29 avril 2003]

L'homme a 39 ans, il est magasinier dans une entreprise de transport et vit avec sa compagne dans une banlieue résidentielle de Grenoble : un petit studio, malgré deux salaires confortables. Mais parfaitement équipé – télévision, ordinateur, appareils ménagers – et, surtout, agrémenté de baies vitrées s'ouvrant sur les montagnes. Michel (*) aime se repaître de leur solennité. C'est qu'il a bien failli en être privé. Il est en effet un «détenu expérimental», l'un de ces «prisonniers électroniques» qui effectuent leur peine en liberté surveillée.

La voix un peu hésitante, comme embarrassée par la pudeur, Michel tente de justifier sa dérive : l'histoire d'un homme déchiré par une décision de justice confiant la garde de sa fille à son ex-femme. L'alcool comme refuge. L'ivresse au volant... Jusqu'à cette condamnation, en juin 2002, à six mois de prison ferme et trois ans d'annulation de permis pour récidive.

La prison semble alors la seule perspective. «Je n'y étais jamais allé et j'avais peur, confie-t-il : peur de perdre tous mes droits, peur de tomber dans la vraie délinquance...» C'est par les médias qu'il apprend alors l'existence du bracelet électronique.

En septembre dernier, il dépose un dossier pour obtenir du juge d'application des peines (JAP) la possibilité de bénéficier de cette alternative à la prison. «C'est un pari sur l'insertion ou plutôt sur la «non désinsertion», explique Patrick Chevrier, le JAP chargé de piloter l'expérimentation du procédé à Grenoble. L'objectif est d'éviter la rupture sociale, de garantir le maintien des liens familiaux.» Chaque demande donne lieu à une enquête de personnalité, puis à un débat contradictoire entre l'avocat du condamné et le parquet. Le juge prend ensuite sa décision.

En janvier, la vie sous surveillance électronique commence pour Michel. Au centre de semi-liberté de Grenoble, des surveillants lui placent le bracelet au poignet. «Mais ce n'était pas très pratique pour exercer un métier manuel. Alors, peu de temps après, j'ai demandé qu'on me le fixe à la cheville», dit-il en remontant son pantalon pour exhiber ce qui ressemble à une grosse montre de plastique noir. Le bracelet est relié au centre de semi-liberté par l'intermédiaire d'un boîtier de réception, un appareil discrètement posé à côté du téléphone, ressemblant à un décodeur de télévision câblée.

Michel porte le bracelet en permanence : pour dormir, travailler, faire du sport. «Au cas où je l'enlèverais, même pour prendre une douche, l'administration pénitentiaire serait immédiatement alertée et ce serait la case prison directe», explique-t-il.

Il y a aussi, bien sûr, les heures de sorties autorisées, fixées par le JAP : de 4 heures du matin à 18 heures pour Michel, lorsqu'il travaille de 5 heures à midi. Une liberté restreinte qui lui permet tout de même de se prendre réellement en charge, plutôt que de «croupir en cellule».

Au bout de trois mois, il s'est habitué à la présence du bracelet, au point d'oublier parfois la surveillance électronique. «Je me sers de l'alarme de mon téléphone portable pour être sûr de ne pas rentrer en retard, assure-t-il. Je prévois toujours large : une panne de voiture ou des embouteillages sont toujours possibles, et je n'ai aucun droit à l'erreur.» Parfois, la situation est délicate. Michel n'a, par exemple, jamais osé parler du bracelet à ses beaux-parents : «Ils s'étonnent toujours de nous voir partir comme des voleurs, le dimanche, dès la dernière bouchée du gâteau avalée ! Quant à ma compagne, elle est finalement plus prisonnière que moi : bloquée comme moi à la maison le soir, alors qu'elle n'a pas de dette à payer à la société.»

Des «handicaps», certes. Mais, dit Michel, «la vie de couple continue, et c'est quand même mieux que le parloir !»

(*) Le prénom a été changé.

Le député Jean-Luc Warsmann presse le garde des sceaux de relancer les alternatives à l'incarcération
LE MONDE | 29.04.03 | 13h15
Dans un rapport remis au ministère de la justice, lundi, le député UMP estime qu'il faut favoriser les travaux d'intérêt général, les sursis avec mise à l'épreuve, et le bracelet électronique.

Quatre-vingt-sept "propositions concrètes" pour hisser l'exécution des peines au rang de "priorité absolue" pour la justice : dans un rapport remis, lundi 28 avril, au garde des sceaux, Dominique Perben, le député (UMP, Ardennes) Jean-Luc Warsmann prône un traitement de choc pour améliorer le fonctionnement de la chaîne pénale dans les juridictions. Le parlementaire, qui parle de "scandale de l'exécution des sanctions pénales en France", propose notamment de relancer les alternatives à l'incarcération (travaux d'intérêt général, sursis avec mise à l'épreuve, bracelet électronique...) qui subissent une inquiétante érosion depuis quelques années.

Certaines des mesures préconisées, dont M. Perben a loué "le caractère directement opérationnel", pourraient être adoptées par amendements à la loi sur la criminalité organisée dont l'examen débute le 20 mai à l'Assemblée nationale. L'urgence est manifeste : alors que la France a battu le 1er avril un record de surpopulation carcérale avec 59 155 détenus, le rapport du député souligne que la perte de "crédibilité et d'effectivité" des alternatives à l'incarcération poussent les magistrats à s'en détourner, favorisant d'autant plus le recours à la prison.

Le "scandale" des délais d'exécution des peines

 : au cours de sa mission, Jean-Luc Warsmann a été témoin de "situations absolument ahurissantes" concernant des condamnations non exécutées plusieurs mois après le jugement. Il décrit ainsi le cas d'un homme, condamné en septembre 2001 à une peine de quatre mois ferme, et dont la peine n'est, à ce jour, toujours pas exécutée. Son dossier a connu des allers-retours entre juridictions, du fait de son changement de domicile. Entre-temps, sa condamnation a été réduite de moitié par l'effet de la grâce présidentielle du 14 juillet 2002 : si elle n'est pas exécutée avant celle du 14 juillet 2003, elle sera purement et simplement effacée.

D'une manière générale, le député a relevé un délai d'attente de sept mois entre le prononcé de la condamnation et son exécution. Ce retard se justifie par les délais de frappe des jugements et de rédaction des bordereaux informant les services qui exécutent la peine, comme le Trésor public pour les amendes... Un retard équivalent (7,4 mois) est relevé avant qu'un jugement définitif ne soit inscrit au casier judiciaire national. Or, pendant ce temps, "la justice est aveugle" note le rapporteur. Ces retards d'exécution "ôtent l'essentiel de leur sens aux sanctions pénales et font perdre de l'efficacité à la politique de sécurité de l'Etat : interpeller un prévenu, le juger, puis ne pas pouvoir exécuter le jugement constitue un gâchis et un encouragement à la récidive".

Favoriser l'exécution des alternatives à l'incarcération

 : elles sont aujourd'hui en perte de vitesse."Il est incontestable que des magistrats se détournent de ces mesures, n'ayant plus confiance dans leur application", relève M. Warsmann. En 2001, les tribunaux ont ainsi prononcé 18 000 travaux d'intérêt général (TIG), en baisse de 25 % sur cinq ans. Leur durée d'exécution n'a cessé de s'allonger, passant de 11,6 mois en 1996 à 17,2 mois en 2001. Le sursis avec mise à l'épreuve, qui permet de dispenser de prison un prévenu à condition qu'il respecte certaines obligations, est lui aussi délaissé du fait d'une "exécution trop tardive" et d'un "contrôle des obligations peu perceptible".

Pour relancer ces mesures, M. Warsmann propose de convoquer les prévenus, dès l'audience, auprès du service chargé de mettre en place le TIG ou le sursis avec mise à l'épreuve, en leur spécifiant immédiatement les obligations auxquelles ils sont soumis Dans le cas des TIG, il plaide pour un "programme national de relance"afin de ne plus les cantonner au secteur voirie-espaces verts et les ouvrir au tertiaire ou au monde hospitalier.

Exécuter les courtes peines en dehors de la prison

 : M. Warsmann note "qu'aujourd'hui la quasi-totalité des courtes peines sont exécutées en maison d'arrêt", ce qu'il qualifie de "situation absurde". "La maison d'arrêt est la bonne réponse pour les individus dangereux, car elle remplit sa fonction de mise à l'écart. Mais pour tous les autres, elle n'est pas la situation adaptée", estime le député. Coûteuse - environ 60 euros par jour contre 20 à 30 euros pour une place de semi-liberté ou 22 euros pour un placement sous surveillance électronique -, la prison est aussi inefficace : elle "signifie souvent l'oisiveté"pour les détenus et " ne permet pas de lutter contre la récidive par une préparation à la sortie".

Pour endiguer le recours à la prison, le rapporteur propose de permettre aux tribunaux de décider d'emblée des "modalités d'exécution de chaque courte peine", plutôt que de reporter cette décision à un aménagement ultérieur. Il préconise la réalisation d'un plan de 5 000 places de semi-liberté, contre 1 908 actuellement, qui viendraient s'ajouter aux 3 000 places programmées par la chancellerie pour le bracelet électronique d'ici 2005.

Réduire les sorties "sèches" de prison pour lutter contre la récidive 

: les dispositifs d'aménagement de peine des détenus, permettant d'éviter qu'ils ne sortent de prison sans accompagnement, sont en chute. En 2002, seules 5 056 libérations conditionnelles ont ainsi été accordées - soit une baisse de 14 % en un an - ce qui représente un minimum historique depuis sa création en 1885. Pour éviter ces sorties sèches, M. Warsmann souhaite faire "adopter dans la loi le principe d'une exécution progressive de la peine" : les trois derniers mois d'une peine de 6 mois à 2 ans de prison ou les 6 derniers mois d'une peine de 2 à 5 ans devront pouvoir s'exécuter soit en semi-liberté, soit en chantier extérieur, soit sous surveillance électronique.

Cécile Prieur

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.04.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-04-29 12:34:04
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Mardi 29 avril 2003

PRISONS
JUSTICE.
Un plan pour soulager les prisons surpeuplées
Le garde des Sceaux, Dominique Perben, a appuyé hier un programme de relance des alternatives à l'incarcération, comme la semi-liberté, le bracelet électronique ou la libération conditionnelle, pour lutter contre une surpopulation carcérale record.
Le député UMP Jean-Luc Warsmann propose que l'usage du bracelet électronique (notre photo) soit étendu et utilisé par les juges comme une alternative totale à la prison.   (LP/AURELIE AUDUREAU.)

QUATRE-VINGT pages qui détaillent comment la machine judiciaire est actuellement mise en échec par son incapacité à appliquer les peines de prison qu'elle prononce envers les petits délinquants. Le député Jean-Luc Warsmann, à qui Jean-Pierre Raffarin avait demandé en novembre dernier de trouver de nouvelles solutions autour des alternatives à la prison pour les courtes peines, a livré hier un état des lieux sévère au garde des Sceaux, Dominique Perben. Et de citer nombre de dysfonctionnements : condamnations à des travaux d'intérêt général (TIG) non exécutées, peines de prison ferme inappliquées deux ans après la condamnation ! Un voyage dans l'absurde, l'impunité et l'injustice, d'où il ressort qu'une peine de huit mois ferme aboutit ici à quatre mois d'incarcération et là à six mois. Et que, si un tiers des condamnés à moins d'un an de prison échappent à leur sanction, c'est parce que les tribunaux ne sont pas suffisamment informatisés. Le député livre dans son rapport 87 propositions, suggérant notamment d'incarcérer moins et de punir différemment. Des mesures qui nécessiteront textes législatifs et budget conséquent. Voici les principales.

Amendes et convocations immédiates.
Le tribunal pourrait délivrer un titre permettant de payer les amendes immédiatement et une remise de 30 % serait accordée si le condamné décide de régler sur le champ. Dans le même esprit, le tribunal remettrait au délinquant le jour de sa condamnation la convocation auprès du service chargé de l'application de sa peine.

Relance du travail d'intérêt général.
Le député suggère un vaste plan national de relance des TIG auprès des collectivités locales, entreprises, fondations, associations... Las de voir les TIG peu appliqués et mal suivis, les magistrats en prononcent de moins en moins. En 2001, 18 000 TIG ont été ordonnés, soit une baisse de 25 % sur cinq ans. Le rapporteur veut développer le système du tutorat pour améliorer le suivi du délinquant.

5 000 places de semi-liberté.
La semi-liberté consiste à effectuer une partie de sa peine dehors - souvent le jour, pour travailler - et le temps de loisirs et de sommeil en prison. Cette sanction, qui relève aujourd'hui d'une décision du juge d'application des peines, pourrait être prononcée directement par le tribunal. Le député demande la construction de 5 000 places de semi-liberté et insiste sur l'intérêt financier de cette mesure, une telle place coûtant 20 à 30 €, soit le tiers d'une place en maison d'arrêt.

3 000 bracelets électroniques.
Actuellement, seuls 200 détenus portent un bracelet électronique dans le cadre d'une libération conditionnelle et sont assignés à leur domicile à des heures précises. Le rapporteur propose de passer à 3 000 bracelets en 2005 et de permettre aux magistrats de l'utiliser comme une alternative totale à la prison.

Libération conditionnelle pour les délits.
Le nombre de libérations conditionnelles et les placements en chantiers extérieurs, qui permettent aux détenus de se réinsérer, sont en chute libre. Jean-Luc Warsmann propose que, pour les délits - et non les crimes -, les trois derniers mois des peines de six mois à deux ans soient exécutés en semi-liberté ou sous bracelet électronique. Pour les condamnations de deux à cinq ans, cette mesure concernerait les six derniers mois de la peine.

Nelly Terrier

Le Parisien , mardi 29 avril 2003

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-04-29 12:30:39
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Lundi 28 avril 2003

PERBEN
Dominique Perben: "Nous devons faire plus en matière de semi-liberté" Dépêche reçue le 28/04/2003 à 9:59 [<>] Le ministre de la Justice Dominique Perben, le 9 avril à Paris "Nous devons faire plus en matière de semi-liberté", a indiqué le Garde des Sceaux Dominique Perben, interrogé lundi sur RTL au sujet du rapport Warsmann sur les alternatives à l'incarcération. Le député UMP Jean-Luc Warsmann doit remettre officiellement lundi après-midi au ministre un rapport sur l'exécution des peines de prison et les alternatives à l'incarcération, dans un contexte de surpopulation carcérale. Le nombre de détenus (59.155 personnes pour 50.000 places environ au 1er avril) atteint un record depuis la Libération. La semi-liberté, c'est-à-dire le fait de laisser les détenus travailler la journée et rentrer dormir en prison, "permet de ne pas faire perdre son job à celui qui est condamné à une courte peine de prison, tout en le sanctionnant", a précisé le ministre. Parmi les autres propositions du rapport, Dominique Perben retient la possibilité "que quelqu'un puisse être condamné d'emblée au bracelet éléctronique", et la volonté de mobiliser les élus locaux pour "faire un grand bond en avant dans la mise en place des travaux d'intérêt général". Le rapport souhaite "que nous allions beaucoup plus vite dans l'exécution des peines, et notamment des petites peines". "Il faut faire en sorte qu'à la sortie du tribunal où une personne a été condamnée, on lui remette le contenu de sa peine, afin que les choses aillent très vite," a souhaité le ministre.

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-04-28 11:23:33
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Dimanche 23 mars 2003

TRAFIC A TOUS LES ETAGES DANS LES PRISONS


Le Point, n° 1592
Société, vendredi 21 mars 2003, p. 112

Prisons
Trafic à tous les étages

Jean-Michel Décugis; Christophe Labbé; Olivia Recasens

Derrière les barreaux, tout s'achète, tout se vend, grâce parfois à la complicité de gardiens. Une dérive qui aurait rendu possibles les spectaculaires évasions de Fresnes et Borgo

Quand Hakan a ouvert la porte de son domicile, à l'heure du rendez-vous annoncé, quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver face à trois gardiens de la prison de Fleury-Mérogis. Il n'en attendait qu'un.

Dix jours plus tôt, ce Turc d'une quarantaine d'années, repris de justice, avait récupéré le numéro de mobile d'un « maton » connu dans le milieu carcéral pour « rendre service ». Hakan voulait faire passer un téléphone portable à l'un de ses cousins, récemment incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis pour trafic de drogue. Il avait donc pris contact avec le surveillant en question, qui avait lui-même fixé le lieu et le jour du rendez-vous.

« Je suis venu avec deux collègues », lui lance le surveillant, en guise de bonjour. Et d'expliquer : « Tu pourras faire affaire avec eux si un jour je ne suis pas là. » L'entretien va durer une demi-heure, le temps de tomber d'accord sur le prix, 750 euros, payés d'avance et en liquide.

C'est un sujet tabou, mais les détenus bénéficient parfois de la complicité de gardiens de prison pour se procurer portables, alcool, shit, lecteurs de CD, et même des armes. Les deux spectaculaires évasions qui viennent de se produire à la centrale de Fresnes (Val-de-Marne) et à la maison d'arrêt de Borgo (Haute-Corse) font peser la suspicion sur toute une profession. A Borgo, le 7 mars, c'est grâce à un portable caché dans sa cellule que le braqueur Joseph Menconi a prévenu ses complices venus l'aider à se faire la belle. Cinq jours plus tard, à Fresnes, on a également retrouvé un téléphone portable dans la cellule du mitard d'où s'est échappé le braqueur récidiviste Antonio Ferrara. Un détail qui embarrasse les responsables de l'administration. Ils parlent de « mystère », soulignant que le prisonnier avait été fouillé intégralement avant d'être placé dans cette cellule vide. En septembre 2002 déjà, on avait découvert dans la cellule d'Antonio Ferrara, détenu au quartier d'isolement de la Santé, 700 grammes d'explosifs et six détonateurs.

Détenus sur écoute

Dominique Perben, le garde des Sceaux, a tapé du poing sur la table. Une fois n'est pas coutume, il a ordonné des fouilles généralisées dans les prisons de Fresnes et des Baumettes, à Marseille. Bilan : quelques batteries, des puces de téléphone mobile et un peu de shit aux Baumettes, autant dire pas grand-chose. Mais, comme l'a admis Marc Allaman, le directeur du centre pénitentiaire de Marseille, « il est difficile de garder le secret absolu sur une opération de cette ampleur ». Quant à la fouille opérée à Fresnes, elle n'a rien donné. De manière générale, d'ailleurs, les fouilles s'avèrent peu efficaces. Ainsi, à Fresnes justement, un seul portable a été trouvé en 2001 et un autre depuis le début de l'année. Pourtant, comme l'explique au Point un officier de police, « nous avons actuellement sur écoutes des voyous qui communiquent avec des détenus de Fresnes via des portables ». De source policière, on laisse entendre que, si l'on ne trouve jamais rien, c'est parce que tout disparaît avant la fouille. « Quand on fait une perquisition dans un appartement, on arrive toujours à trouver ce qui est dissimulé. A plus forte raison dans une cellule de 9 mètres carrés », s'étonne l'officier. Ultime précaution pour les téléphones portables : les détenus ne gardent sur eux que la puce. La plupart du temps, les mobiles passent de main en main dans la prison, via des gardiens ripoux ou des « auxi », détenus qui participent à l'entretien de la prison et jouissent de fait d'une certaine liberté de mouvement. C'est le « propriétaire » du portable qui fixe le tarif horaire des communications. En prison, le téléphone qui circule le plus, c'est le P810 d'Ericsson, parce qu'il peut facilement passer en pièces détachées.

« Dans deux des secteurs de Fleury-Mérogis, on a les gardiens dans la poche, pour les autres on se débrouille, explique Hakan, on démonte le téléphone portable, on enveloppe chaque bout dans du papier carbone pour que cela ne sonne pas au détecteur de métaux. »

Au parloir, le détenu prend discrètement le paquet et le glisse à l'intérieur de la poubelle. A charge pour un « auxi » de le récupérer.

« Il y a des surveillants qui mettent le doigt dans l'engrenage de la corruption », reconnaît Céline Verzeletti, secrétaire nationale de l'Union générale des syndicats pénitentiaires-CGT. « Cela tient en partie au manque de motivation. Beaucoup se retrouvent gardiens de prison parce qu'ils n'ont pas pu faire autre chose. » Au dernier concours de surveillants, il a fallu baisser le niveau de sélection afin de pourvoir 1 200 postes. Selon l'Ufap, le principal syndicat pénitentiaire, seuls 761 candidats avaient été reçus après la première correction des copies. Il faut dire que le salaire n'a pas de quoi attirer l'élite estudiantine. Un gardien stagiaire débute à 1 114 euros brut. Et il se retrouve face à des caïds qui roulent sur l'or. D'où certaines tentations. D'autant que la frustration n'est pas seulement financière. Le maton est méprisé par les détenus et à l'extérieur son travail est déconsidéré. Les syndicats pénitentiaires expliquent surtout la porosité des prisons par le manque d'effectifs. « Dans un grand centre comme Fresnes ou Fleury-Mérogis, les cellules ne peuvent être fouillées en moyenne que tous les deux mois », précise Céline Verzeletti. Et les syndicats montrent du doigt familles, avocats et visiteurs de prison, qui peuvent, via le parloir, faire passer aux détenus téléphones portables, alcool ou drogue. Le prisonnier est fouillé à l'entrée et à la sortie du parloir, mais pas les visiteurs. Egalement dans le collimateur des syndicats : les services techniques qui fournissent nourriture et linge.

Tout se monnaie

Autre faille dénoncée par les gardiens : la hauteur insuffisante des murs d'enceinte. Il arrive que des complices jettent par-dessus les clôtures au moment des promenades toutes sortes d'objets emballés dans des couches-culottes, des balles de tennis ou des bouteilles de yaourt à boire. « Un argument fourni par l'administration pour ne pas dire que le mal vient de l'intérieur », selon Karim Achaoui, l'avocat d'Antonio Ferrara. Interrogé par Le Point sur les raisons de la porosité des prisons, le ministère de la Justice n'a pas été en mesure de nous communiquer la moindre information.

« Tout ce que tu trouves dehors, tu l'as en prison. Il suffit d'avoir du fric », explique Abdel-Hafed Benotman (1), 41 ans, ancien braqueur reconverti dans l'écriture, qui participe à Ban public, une association d'information sur la prison. Tout se monnaie : une place dans un bon atelier, un steak en plus, une douche supplémentaire, la porte de sa cellule laissée ouverte... « Au bout de trois jours de prison, un détenu est affranchi, il sait à quel gardien s'adresser pour faire entrer un portable ou autre chose. » Chaque « service » ou marchandise a son tarif. « Il varie selon le nombre de surveillants corrompus : plus il y en a, moins c'est cher », indique Abdel-Hafed Benotman. Un portable se négocie entre 450 et 760 euros, une bouteille de pastis ou de whisky autour de 150 euros, une arme entre 2 000 et 4 000 euros, des baskets 350 euros. L'essentiel de ce qui entre, c'est l'alcool, la nourriture et les revues pornographiques. Le vin transite dans des briques de jus de raisin, le whisky dans des packs de lait, les alcools blancs dans des bouteilles de limonade... Le matin pour le soir même, un détenu peut commander en douce, moyennant 100 euros, un repas chez un traiteur. L'apogée du trafic, c'est en période de fêtes. « Certains gardiens multiplient par quinze leur salaire en fermant les yeux sur les colis reçus par les détenus et en prélevant leur dîme au passage », explique Karim Achaoui.

Grosse consommation de shit

En prison, les trafics profitent à environ la moitié des détenus. Parmi eux, deux catégories : « Les trafiquants de drogue qui continuent de faire leur business derrière les barreaux, et puis les braqueurs et les voleurs en tout genre, qui font jouer leur réseau à l'intérieur et à l'extérieur de la prison », précise Me Achaoui. Dans les établissements pénitentiaires où les « magouilles » sont importantes, la hiérarchie entre détenus a changé, comme l'explique Abdel-Hafed Benotman : « Tout en bas de l'échelle, on ne trouve plus le "pointeur" [le violeur], mais le "clodo", celui qui n'a pas de quoi se payer des extras. » L'une des dépenses les plus importantes pour les détenus, c'est le cannabis, qui est surconsommé en prison. La drogue transite essentiellement par la famille au parloir. « Les matons ferment les yeux et récupèrent au passage jusqu'à la moitié du shit », indique Hakan. « C'est une hypocrisie sans nom que l'on est en train de payer par des évasions spectaculaires », prévient Karim Achaoui. En laissant se développer les trafics de toute sorte, certains gardiens espèrent ainsi acheter la paix sociale...

Encadré(s) :

Ces gardiens qui ferment les yeux

Daniel C. , 50 ans, spécialiste en placements financiers, a été écroué pendant quatre mois à la maison d'arrêt de Toulouse-Saint-Michel pour un délit financier :

« La prison, c'est un monde fermé avec comme lois la soumission, le caïdat et le silence. Les gardiens sont au centre de ce système. Une solidarité se crée sur le dos des détenus. Si un règlement de comptes doit avoir lieu, et s'ils l'estiment nécessaire pour la paix de l'établissement, ils laissent faire, et en bout de course, l'incident ne figurera nulle part... Il a fallu que j'arrive en prison pour qu'on me propose de la drogue. Je n'avais jamais fumé de joint. On m'a proposé des pavés de shit de 100 grammes. Il est clair que la drogue vient des parloirs. Mais si elle arrive dans les cellules, c'est parce que des gardiens ont accepté de fermer les yeux, en ne faisant pas les fouilles réglementaires.

Oui, il y a de l'argent qui circule. Pour cantiner, par exemple, pour obtenir telle marque de dentifrice, pour n'importe quoi. Les gardiens ne sont pas en dehors de ce système. Au propre comme au figuré : ils ont les clés de toute la prison. En général, la hiérarchie administrative n'ignore rien de ce qui se passe dans les couloirs ou, pour le moins, elle ferme les yeux. La consigne, c'est : "Pas de problème." » Benoît Frausseilles

Note(s) :

1. « Les forcenés » et « Eboueur sur échafaud » (Rivages noir).

Catégorie : Anecdotes/Société
Sujet(s) uniforme(s) : Prisons et détenus
Taille : Long, 1245 mots

© 2003 Le Point. Tous droits réservés.

Doc. : 20030321PO159211201


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-23 10:11:14
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Vendredi 14 mars 2003

PRISONS
Prisons: Perben annonce neuf mesures pour renforcer la sécurité Dépêche reçue le 14/03/2003 à 13:53 [<>] Un mirador de la prison de Fresnes (Val-dd-Marne) Le ministre de la Justice Dominique Perben a annoncé vendredi à la presse neuf mesures visant au renforcement de la discipline et de la sécurité dans les prisons, après la spectaculaire évasion de Fresnes mercredi et menacé de sanctions les responsables de l'administration pénitentiaire. Cette annonce a été faite par le ministre à l'issue d'une réunion de tous les directeurs régionaux de l'Administration pénitentiaire. Deux vastes opérations de fouilles ont été lancées à l'aube dans les maisons d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne) et des Baumettes à Marseille, 48 heures après une spectaculaire évasion à Fresnes, mercredi d'Antonio Ferrara, auteur de nombreux braquages et proche de Joseph Menconi, accusé de trois meurtres, évadé il y a une semaine de la maison d'arrêt de Borgo (Haute-Corse). Les mesures annoncées par M. Perben concernent notamment un vaste programme de fouilles de toutes les prisons, des fouilles à corps systématiques lors de l'extraction des détenus de leur cellule et la généralisation d'un régime différencié de détention en fonction de la dangerosité des détenus. Dominique Perben a averti les directeurs régionaux de l'Administration pénitentiaire qu'ils étaient "responsables de l'exécution" des instructions qui leur ont été données. "S'ils ne les exécutent pas, je changerai les directeurs régionaux", a-t-il averti. Ce train de mesures prévoit également une accélération de la mise en place des Equipes régionales d'intervention et de sécurité dans les prisons (Eris), dont le ministre avait annoncé la mise en place fin février. De telles équipes pourront être en permanence dans un établissement pénitentiaire, en capacité d'intervenir nuit et jour face à des menaces intérieures ou extérieures. Le ministre de la Justice souhaite enfin améliorer la coopération avec la police et la gendarmerie et demande au ministre de l'Intérieur de "mettre à disposition des officiers de liaison. Le directeur de l'administration pénitentiaire, Didier Lallement, que Dominique Perben a assuré, mercredi, de son soutien, recevra mardi prochain l'ensemble des organisations syndicales de surveillants. La fouille générale des Baumettes, à Marseille, entreprise vendredi à l'aube par 480 surveillants avait permis, à la mi-journée, la saisie de "quatre téléphones portables, un peu de shit, quelques batteries et quelques puces de téléphone", a indiqué le directeur de l'établissement Marc Allaman. Cars de CRS vendredi devant les Baumettes à Marseille Cette fouille, réalisée parallèlement à celle de la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), doit se poursuivre jusqu'à 18H00. Elle doit s'achever par le bâtiment D, qui abrite les détenus les plus sensibles, selon une source syndicale. Les objets saisis ont été retrouvés dans des cellules et des parties communes, selon M. Allaman, précisant qu'aucune arme n'avait été trouvée dans la matinée. Les détenus en possession d'objets interdits risquent jusqu'à 30 jours de mesure disciplinaire. A la prison de Fresnes (Val-de-Marne), aucun explosif n'avait été découvert en milieu de matinée dans le cadre de l'opération de fouille lancée à l'aube. "Cette fouille générale consiste à sécuriser l'établissement et déterminer qu'il n'y a plus d'explosifs" dans la prison. "A l'heure où je vous parle (un peu après 10h30, ndlr), nous n'avons rien retrouvé, ni explosifs, ni téléphones portables", a indiqué à la presse le directeur de la maison d'arrêt, Michel Saint-Jean. La fouille devait cependant se prolonger toute la journée. La veille, les lieux communs de la prison (cuisine, atelier, centre scolaire, bibliothèque) avaient été fouillés entre 17h00 et 22h00, ainsi que les quartiers disciplinaires et d'isolement, à l'aide chiens pour détecter d'éventuels explosifs. Mais là aussi, rien n'a été retrouvé, a précisé M. Saint-Jean. Les cours de promenade ont également été inspectés dans la matinée. Interrogé par ailleurs sur d'éventuelles complicités avec des surveillants pour le succès de l'évasion de Ferrara, M. Saint-Jean a parlé d'"une hypothèse parmi d'autres". "Mais rien n'est prouvé et cette hypothèse n'est pas privilégiée", a-t-il ajouté.

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-14 09:22:19
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Jeudi 13 mars 2003

PRISONS
VAL-DE-MARNE

La sûreté des prisons
remise en question

Après l'évasion de Fresnes, les surveillants réclament des prisons "spéciales" pour les détenus dangereux. Dominique Perben estime que l'opération "peut être liée" à l'évasion de Borgo.
Troisième suicide de détenu en une semaine

 
Un mirador de la prison de Fresnes criblé d'impacts de balles (AP)
 
Cinq jours après l'évasion de Joseph Menconi de la maison d'arrêt de Borgo (Haute-Corse) à l'aide d'armes factices, un commando équipé d'armes de guerre a libéré mercredi Antonio Ferrara, fiché au grand banditisme, de la prison de Fresnes (Val-de-Marne).
Le ministre de la Justice Dominique Perben a admis jeudi au micro d'Europe-1 que les deux évasions pouvaient être liées et a annoncé une surveillance renforcée autour des détenus qui ont dans le passé "approché" les évadés.
"Il semble que ces deux hommes Menconi et Ferrara aient appartenu aux mêmes équipes dans des opérations de hold-up", a expliqué le Garde des Sceaux qui a ajouté, sans vouloir donner de chiffres, que tous les détenus "qui les ont approchés sont sous surveillance".
L'opération de Fresnes, quasi-militaire, aura duré moins de dix minutes tôt mercredi et semblait préparée de longue date. Après l'évasion, les enquêteurs retrouveront dans la cellule occupée par Ferrara au quartier disciplinaire un pain d'explosif, un détonateur et un téléphone portable, indique-t-on de sources judiciaires.
Un téléphone qui a sans doute permis à Ferrara de prévenir ses complices de son retour lundi au quartier disciplinaire après avoir refusé de se soumettre à une fouille avant de retourner au quartier d'isolement. "C'est une opération soigneusement menée", a déclaré Rémy Carrier, secrétaire général adjoint de FO-Pénitentiaire, interrogé par l'Associated Press.
Mercredi vers 4h30, un commando composé de cinq ou six hommes, puissamment armés, se présente devant le mur d'enceinte de la prison située à une quinzaine de kilomètres au sud de Paris. Au préalable, le commando a incendié quelques véhicules garés près de la maison d'arrêt pour faire diversion.
Une partie du commando composé d"'artificiers" fait sauter le portail métallique non blindé situé à l'arrière de la prison pendant que d'autres arrosent deux miradors à l'aide de fusils d'assaut de type Kalachnikov. Les gardiens ripostent.

"Artificiers"

La première porte effacée, les "artificiers" font sauter le" sas de livraison" puis une autre porte pour arriver dans la cour où se trouve le quartier disciplinaire. La cellule de Ferrara est au rez-de-chaussée. Celui-ci, à l'aide d'explosifs, fait sauter ses barreaux. Une fois Ferrara "extrait", le commando quitte les lieux en ouvrant le feu alors qu'arrivent les policiers rapidement alertés.
L'un des membres de ce commando a très certainement été blessé, indique-t-on de source judiciaire, puisque des traces de sang ont été relevées. Elles devraient faire l'objet d'analyses génétiques.
Le commando a abandonné sur place des indices importants pour les enquêteurs: un fusil d'assaut, une arme de poing, des explosifs et des détonateurs. Le laboratoire central de la préfecture de police va tenter de faire parler ces armes pour mieux remonter sur la piste des malfaiteurs.
Antonio Ferrara était sorti il y a une semaine du quartier disciplinaire ou il avait passé plusieurs jours à la suite d'un autre incident. Les syndicats de gardiens sont persuadés qu'il a profité de ce premier séjour pour préparer son évasion avec ses complices.

Inquiétudes des syndicats pénitentiaires

La Brigade de répression du banditisme et l'Office central de répression du banditisme sont saisis de l'enquête.
Pour leur part, les syndicats pénitentaires s'inquiètent ouvertement de la multiplication de ce type nouveau d'évasion musclée. "La sécurisation accrue paradoxalement oblige ces grands bandits à utiliser des méthodes plus violentes", a ainsi observé le secrétaire d'Etat aux Programmes immobiliers de la justice Pierre Bédier à la sortie du Conseil des ministres.
Il a rappelé que le nombre d'évasions des prisons françaises avait été"divisé par deux" entre 2001 et 2002. "Ces évasions sont plus violentes parce que c'est plus difficile de s'évader", a-t-il souligné.
De son côté, Dominique Perben, qui s'était rendu très tôt mercredi à Fresnes, a confirmé qu'il réunirait vendredi matin l'ensemble des directeurs régionaux de l'administration pénitentiaire. Le garde des Sceaux a par ailleurs annoncé la construction d'une des deux prisons centrales prévues dans le programme de construction de 28 établissements pénitentiaires sera construite à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), dans une interview publiée dans La Croix dans son édition de jeudi. La localisation de l'autre centrale, à Alençon (Orne), avait été divulguée lors de l'annonce du plan prison en novembre dernier.
"Nous avions besoin d'une telle centrale dans le Nord et j'ai donc proposé de la localiser là où elle pouvait être le plus utile en termes d'activité économique, c'est-à-dire dans le secteur de Metaleurop", dont la fonderie de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) a été mise en liquidation judiciaire lundi, a précisé le ministre.

Démission

Tandis que l'Union fédérale autonome pénitentiaire (UFAP) réclame la démission du directeur de l'Administration pénitentiaire Didier Lallement, le Syndicat national pénitentiaire-Force Ouvrière exige, lui, "la mise en place immédiate d'assises générales sur la sécurité des prisons et sur la sécurité périmétrique de tous les sites pénitentiaires, dont beaucoup se situent dans des zones sensibles".
Agé de 30 ans et surnommé "Succo", en référence au gangster Roberto Succo, ce Français d'origine italienne est soupçonné dans au moins une quinzaine de braquages de fourgons. Interpellé et incarcéré en novembre 1997 à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), il s'en était évadé le 7 août suivant à l'occasion d'un consultation médicale à l'hôpital de Corbeil-Essonne.
Ferrara fut repris en juillet 2002 à Athis-Mons par l'Office central de répression du banditisme.
En septembre dernier, la brigade de répression du banditisme avait découvert qu'Antonio Ferrara, alors détenu au quartier d'isolement de la Santé, avait à sa disposition une charge d'explosifs et cinq détonateurs. Surveillé de près depuis, il avait été transféré à Fresnes et placé dans le quartier d'isolement.
La dernière tentative survenue à Fresnes s'était produite le 27 mai 2001. Cette tentative avortée avait donné lieu à une prise d'otages et un surveillant de prison, posté dans un mirador, avait été grièvement blessé par balles. (avec AP)


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-13 11:36:37
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Jeudi 6 mars 2003

DETENUS

Communiqué de presse


Paris, le 06 mars 2003

 

 

Dominique PERBEN, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, veut faciliter la libération des détenus dont l'état de santé est incompatible avec un maintien en détention.


Dominique PERBEN a demandé dans le cadre de la loi du 4 mars 2002, aux chefs d'établissements pénitentiaires et aux travailleurs sociaux de rencontrer de façon systématique les personnes susceptibles de faire l'objet d'une suspension de peine, et d'en alerter les autorités médicales et judiciaires compétentes.

Cette nouvelle mesure est destinée à permettre de faire bénéficier d'une mesure de suspension de peines les détenus qui n'ont ni famille ni avocat pour entreprendre la démarche auprès des autorités judiciaires.

Au 4 mars 2003, 37 cas de détenus susceptibles de bénéficier d'une mesure de suspension de peine ont été transmis par l'administration pénitentiaire aux autorités judiciaires.

Cette initiative a permis la libération de 3 détenus. Atteints de maladie grave, ils sont âgés de plus de 50 ans et se trouvaient détenus au centre de détention de Val de Reuil.

Les autres cas sont en cours d'examen par les juges de l'application des peines saisis.

Pour mémoire
Un an après l'application de ce texte, seuls 21 détenus ont bénéficié d'une telle mesure, ce qui est insuffisant au regard de l'état de santé précaire et de l'âge de certains détenus.

 

 

 

Contacts Presse :
Ministère de la Justice - Patricia CHAPELOTTE - Tél. : 01 44 77 22 02

 

 

© Ministère de la justice -Mars 2003


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-06 06:10:00
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Mardi 25 février 2003

PRISONS DE CHINE

Chaînes, coups, isolement, un ancien prisonnier a décidé de témoigner. Une promesse faite à ses ex-codétenus.
Par Pierre HASKI

lundi 24 février 2003


 
 
 

«Oublie ce que tu as vu ici, n'en parle à personne...» Les gardiens au prisonnier libéré
  Pékin de notre correspondant

l y a quelques mois, les journalistes étrangers en Chine ont eu la surprise d'être invités à visiter une prison à Tianjin, à 200 km à l'est de Pékin, dans laquelle les détenus méritants pouvaient accueillir leur femme trois jours et trois nuits durant, et où chaque anniversaire d'un prisonnier était marqué par un gâteau offert par la direction de l'établissement pénitentiaire. Un «modèle scandinave» aux antipodes de la réputation bien plus rude qui accompagne traditionnellement les prisons chinoises.

Récemment, Libération a reçu un témoignage venu de la partie moins souriante du système carcéral chinois, une exceptionnelle plongée dans un huis clos généralement hermétique, soigneusement caché derrière de grands murs dissuasifs. Le témoignage d'un homme dont l'identité et l'ancien lieu de détention ne seront pas révélés pour d'évidentes raisons de sécurité, et qui montre le chemin qui reste à parcourir pour que les prisons chinoises soient toutes à visage humain.

Fers et menottes. Notre interlocuteur a été envoyé pour une période courte dans une section pour prisonniers longue durée, dans l'espoir de le «casser» en raison d'un conflit l'opposant à une personne bénéficiant de hautes protections. A sa sortie, ses codétenus, tous des prisonniers de droit commun, lui ont fait promettre de témoigner de ce qu'il a vu, étant eux-mêmes dans l'impossibilité de révéler à l'extérieur le voyage au bout de l'horreur qu'ils vivent depuis de longues années. Après une longue réflexion, surmontant sa peur et son désir d'oublier le cauchemar qu'il venait de traverser, il a décidé de parler.

Il raconte, la voix encore chargée d'émotion bien que la justice ait réglé ses comptes avec lui, un univers carcéral proche de l'enfer. Ses six codétenus, tous condamnés à de longues peines de détention, sont enchaînés 24 heures sur 24. L'un, sans doute jugé plus dangereux, avec les fers aux pieds, et les autres avec de lourdes menottes aux poignets. Ils vivent dans une cellule de cinq mètres sur trois, sans fenêtre et donc sans jamais savoir s'il fait jour ou nuit, beau ou mauvais.

Dans cette cellule, un trou sert à la fois de toilettes communes et de lavabo... La lumière n'est jamais éteinte, et l'un d'eux, à tour de rôle, doit toujours être éveillé et debout, pour éviter les meurtres ou les sévices. Ils ne sortent jamais, n'ont pas droit à des visites familiales ni à du courrier. Une fois par semaine, un médecin fait le tour de la prison. Mais il dialogue avec les prisonniers par le minuscule oeilleton de la porte.

Hurlements. Dans cette prison, selon notre témoin, la surveillance est double : celle, classique, des gardiens et celle de policiers armés, la baïonnette au fusil, qui font régner l'ordre en hurlant en permanence et font irruption dans les cellules dès qu'ils aperçoivent un manquement à la discipline lors de leurs passages réguliers. Notre interlocuteur a ainsi échappé de peu à un coup de crosse d'un de ces hommes armés, pour avoir été surpris en train de fumer dans sa cellule une cigarette qui lui avait été offerte par un gardien complaisant. «Tous vivent dans la terreur, ils sont comme des animaux», raconte notre témoin.

Ces hommes partagent la même prison que des condamnés à mort, un ou deux étages au-dessus, que l'on entend hurler : «Je ne veux pas mourir.» «Une fois, j'ai entendu un de ces hommes hurler toute la nuit, des cris de désespoir, des cris de fou, avec un bruit constant de chaînes», se souvient notre interlocuteur. Régulièrement, les haut-parleurs de la prison s'adressent à eux et leur promettent la vie sauve, un sursis ou des réductions de peine s'ils acceptent de dénoncer un complice ou un autre criminel... «Nous savons tout, le mieux pour vous serait de coopérer», explique la voix métallique.

Quasiment chaque jour également, les hommes en armes viennent dans les cellules pour la «rééducation» des prisonniers, un vieux résidu de maoïsme. «Nous étions alignés contre le mur dès 8 heures dans l'attente des policiers qui nous faisaient un cours de morale», raconte l'ancien détenu. «Un vrai lavage de cerveau», dit-il. Comble de l'ironie, une banderole sur le portail de sortie donne un dernier conseil au prisonnier libéré de cet univers de terreur : «Maintenant, change de vie»...

Au moment de partir, notre interlocuteur s'est vu supplier par ses codétenus d'appeler leurs familles pour leur dire tout bonnement qu'ils étaient encore en vie et de témoigner à l'extérieur des conditions de détention dans cette prison. Mais les gardiens, eux, lui ont donné une autre consigne : «Oublie ce que tu as vu ici, n'en parle à personne»... Après plusieurs mois d'hésitation, cet homme traumatisé a donc décidé de transgresser cet ordre.

Opacité. Ce témoignage n'est bien sûr qu'un récit d'un individu, impossible à vérifier dans l'opacité absolue du système chinois. Impossible, également, de savoir combien, parmi le 1,3 million de prisonniers chinois, sans compter les 230 000 personnes envoyées dans des camps de «rééducation par le travail», sont soumis à de tels traitements qui sont aux antipodes des normes internationales, mais aussi du discours officiel chinois. Et combien vivent réellement au rythme de la prison modèle de Tianjin...

Lors de la visite du responsable du dossier «droits de l'homme» au sein de l'administration Bush, Lorne Crane, en décembre dernier, le gouvernement chinois s'est engagé à inviter «sans condition» le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Theo Van Boven, ce qui constituerait une «première». Alors, peut-être, un coin du voile de l'univers carcéral chinois commencera à être levé.


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-25 13:23:26
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Jeudi 20 février 2003

PENITENTIERS

La pénitentiaire va avoir ses unités spéciales d'intervention

Dépêche reçue le 20/02/2003 à 15:20

Le ministre de la Justice Dominique Perben

Deux jours après la mutinerie de Clairvaux (Aube) et une semaine après la spectaculaire tentative d'évasion de la centrale de Moulins (Allier), le garde des Sceaux Dominique Perben a annoncé jeudi à Metz la création d'unités d'intervention spécialisées dans les prisons.

"Cette création répond à notre volonté de renforcer la sécurité dans nos établissements et d'endiguer la violence", a expliqué le ministre depuis Metz, où il se trouve à l'occasion de la "délocalisation" de son ministère.

Ces unités baptisées ERIS (Equipes régionales d'intervention et de sécurité) verront le jour au dernier trimestre de l'année 2003, à raison d'une équipe de 23 fonctionnaires dans chacune des directions régionales, soit 207 hommes au total, sous la responsabilité de l'Administration pénitentiaire (AP).

Les agents seront recrutés notamment sur la base de l'ancienneté (au moins 3 ans) ainsi que sur les capacités physiques et psychologiques des candidats.

"Il ne s'agit surtout pas de se substituer aux forces de police mais de se joindre à eux dans certains cas. Par exemple dans l'affaire de Clairvaux, on aurait pu imaginer qu'une équipe régionale de l'AP intervienne en premier sur les lieux", explique-t-on à la Chancellerie.

Outre les situations de crise, les ERIS seront aussi chargées d'interventions ponctuelles en amont, avant que les incidents n'éclatent, où à leur issue, par exemple pour effectuer de vastes opérations de fouille.

"Souvent les problèmes surviennent alors que la tension dans l'établissement est forte depuis longtemps. C'est dans ce cadre que nous pourront faire intervenir les ERIS, afin notamment de décharger un peu les surveillants de la prison des tâches de sécurité", précise-t-on même source.

La création de ces unités, qui seront dotées d'équipements spéciaux - gilets pare-balles, flashballs et boucliers - nécessite aussi d'adapter la formation des surveillants.

"Aujourd'hui à l'ENAP (Ecole nationale de l'Administration pénitentiaire) on apprend aux élèves à pouvoir se défendre. Mais ce n'est pas du tout le même type d'enseignement que celui délivré par exemple aux troupes du GIGN (Groupements d'intervention de la gendarmerie nationale)", explique encore un conseiller du ministre.

Pour améliorer la formation, le ministère a donc prévu un "partenariat" avec la police et la gendarmerie.

Enfin concernant l'utilisation d'armes à feu, à laquelle les membres des ERIS seront formés, la Chancellerie a prévu de ne rien changer aux règles actuellement en vigueur, à savoir que seul le chef d'établissement pourra autoriser leur usage dans l'enceinte de la prison.

D'après la Chancellerie, la création de ces unités, qui était à l'étude depuis plusieurs semaines, a reçu l'aval des principales organisations professionnelles et syndicales. Quant aux policiers, cela ne devrait "pas poser de problème, dans la mesure où personne n'empiète sur leurs plates-bandes", estime-t-on de même source.

 

 


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-20 09:52:07
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Jeudi 6 février 2003

PRISONS JAPONAISES


• LE MONDE | 05.02.03 | 13h40


Violence de la discipline et absence de droit dans les prisons japonaises
Après quelques bavures reconnues, l'Archipel commence à s'interroger sur son univers carcéral, soumis au pouvoir discrétionnaire de l'administration pénitentiaire.

Tokyo de notre correspondant

Avec ses grands arbres, ses bâtiments administratifs flambant neufs et ses logements collectifs pour le personnel, on dirait un campus universitaire. Même les hauts murs de couleur pastel des pourtours extérieurs ne donnent guère l'impression d'un Alcatraz. Dans la banlieue ouest de Tokyo, la prison de Fuchu est l'une des plus grandes du Japon : couvrant 23 hectares, elle accueille près de 3 000 détenus. A la sortie le matin, ceux que personne n'est venu chercher empruntent solitaires l'allée bordée d'arbres pour aller attendre le bus. On les repère facilement à leurs bardas et à leurs cheveux ras.

De même la maison d'arrêt de Tokyo, à Kosuge au nord de la capitale, ne fait guère frémir. Dans un quartier de modestes maisons au milieu d'un entrelacs de voies ferrées et d'autoroutes aériennes, ses bâtiments gris sont cernés des petits immeubles du personnel séparés de la rue par un mur de briques surmonté de grillages. Au-delà, on aperçoit l'enceinte en béton. Dans le petit café proche de la porte des visites, la patronne plaisante avec les habitués : des truands, une fille seule au teint blême qui fume le regard perdu, un avocat qui parle à mi-voix avec un parent.

LE CEINTURON À MENOTTES

Absence de mutinerie et de drogue, faible nombre d'agressions de surveillants et de rixes : les prisons japonaises semblent paisibles. Les gardiens ne sont pas armés. Les évasions sont rarissimes. Depuis l'instauration dans les années 1960 d'une discipline paramilitaire, il n'y a plus de révoltes et le dernier meurtre d'un gardien remonte à 1973. A Fuchu, une multitude de pancartes jusque sur les contremarches d'escalier rappellent aux détenus qu'il est "interdit de parler" et de "regarder ailleurs que droit devant soi". Ateliers, cantines et cellules sont des lieux silencieux. Au cours des repas, on n'entend que le bruit des plats : les détenus ne peuvent se parler que pendant les poses de quinze minutes et après le dîner.

"Ichi, ni, ichi, ni" ("Une deux, une deux") : en file, ils se déplacent au pas cadencé, balançant les bras tendus le long du corps jusqu'à l'épaule, les yeux fixés sur la nuque de celui qui précède. Ils portent un uniforme de grosse toile verte, des sandales et une casquette. Lorsqu'ils s'adressent aux gardiens, ils l'appellent "Monsieur le responsable"et s'inclinent profondément. Des pancartes exhortent à répondre poliment ("Je ferai de mon mieux" ; "je suis désolé"). Une fouille au corps a lieu deux fois par jour. C'est le "cancan odori", disent les détenus (la "danse de cancan" par référence au "french cancan") : nus, ils doivent lever les jambes et les bras et tirer la langue. S'ils se trompent dans l'ordre des mouvements, ils doivent recommencer.

Derrière cette routine minutieuse (jusqu'au pliage des couvertures qui, pendant le sommeil, ne doivent pas dépasser le nez) existe une discipline draconienne, archaïque au regard de l'évolution, ailleurs, de la condition carcérale : en France, par exemple, la règle du silence a été levée en 1972 et le costume de prisonnier aboli en 1983. Cette discipline permet de maintenir l'ordre et d'éviter les problèmes de la plupart des prisons occidentales, font valoir les autorités nippones. Mais elle a pour pendant une opacité favorisant les abus comme en témoigne le cas de la prison de Nagoya, dont le directeur a été limogé et cinq gardiens inculpés de sévices.

Depuis 1999, cinq détenus sont morts en cellules d'isolement sans que les causes de leur décès aient été révélées. L'affaire a mis en outre en lumière l'usage du ceinturon à menottes qui enserre la taille et immobilise les mains des détenus récalcitrants ou violents. Compressant fortement l'abdomen, il peut provoquer des hémorragies internes, voire la mort, comme l'a jugé, en janvier 2002, le tribunal de Matsue dans le cas d'un détenu décédé de suffocation après avoir été menotté et mis à l'isolement.

Libéré en juillet, un ex-détenu de la prison de Nagoya raconte : "Alors que nous étions alignés pour aller au travail, il y a eu un grand fracas et nous avons tourné la tête dans la direction du bruit. Un gardien a hurlé : "Toi, tu as regardé ailleurs". J'ai été emmené dans une cellule d'isolement où j'ai été renversé à coups de pied, les bras derrière le dos. Deux gardiens me tenaient les jambes et deux autres étaient agenouillés sur mon torse. Un autre m'écrasait la tête du pied. Ils m'ont mis un ceinturon à menottes en me frappant les flancs à coups de pied -pour le forcer à vider ses poumons et serrer plus fort-. Je ne pouvais plus respirer et j'avais la nausée. Le lendemain j'ai dû être hospitalisé."

CONVERSATIONS NOTÉES

La mise à l'isolement peut être prolongée au-delà de soixante jours. "On a droit à trente minutes d'exercice trois fois par semaine. Le reste du temps, on doit rester assis sur ses talons et regarder droit devant soi", raconte un autre détenu. Dans des cellules souvent privées de la lumière du jour, "on finit par perdre la notion du temps", poursuit-il. Deux mille prisonniers seraient à l'isolement "dont on ignore le nom", avance Me Yuichi Kaido, secrétaire général du Centre pour le droit des prisonniers. Vingt-six d'entre eux y seraient depuis plus de dix ans, dont un depuis trente-huit ans.

"Les violences à la prison de Nagoya ne sont que la pointe d'un iceberg", poursuit l'avocat. A la suite d'un rapport du Comité des droits de l'homme des Nations unies de 1998 qui dénonçait les "atteintes aux droits fondamentaux des prisonniers" dans les prisons japonaises, l'usage du ceinturon à menottes a diminué. "Mais la situation s'est à nouveau détériorée", selon l'avocat. En 2000, le nombre des pétitions de détenus au ministère de la justice avait augmenté de près de 50 %. "Les entraves à la communication des détenus avec l'extérieur constituent une grave atteinte à leurs droits", souligne Me Kaido : leur courrier étant lu, la prison a tout le temps d'effacer les preuves de mauvais traitements. Au parloir, toutes les conversations sont notées par un gardien.

Selon le pénaliste Koichi Kikuta, le surpeuplement des prisons est à l'origine de tensions nouvelles. "L'emprisonnement au Japon vise à l'inculcation d'un sentiment de honte chez le prisonnier, explique l'avocate Futaba Igarashi. Le crime est synonyme d'une perte de sens moral qui justifierait une sorte d'autopurification par la souffrance." Les prisons sont régies par une loi de 1908 qui ne fait aucune référence au droit des prisonniers et un maquis de directives administratives dont l'application relève du pouvoir discrétionnaire des directeurs de prison, ajoute Koichi Kikuta.

Longtemps, la dureté de l'univers carcéral a été acceptée par l'opinion : au sentiment diffus de la rétribution des actes hérité du bouddhisme se conjuguait le caractère à priori fautif de celui qui a troublé l'ordre social. "Ce consensus est entamé, dit la sénatrice social-démocrate Mizuho Fukushima, et la prison devient un problème social."

Bien qu'il existe des prisons ouvertes, l'univers carcéral nippon est à la traîne de la tendance à l'humanisation qui s'exprime dans les pays avancés. Quoique encore faible (1 meurtre pour 100 000 habitants contre 6,3 aux Etats-Unis), la criminalité dans l'archipel augmente. L'Etat réagit par une plus grande sévérité qui se traduit par un allongement des peines et un gonflement de la population pénitentiaire. L'insécurité sociale engendrée par la crise économique tend à être traitée sur le mode pénal. Et le système carcéral se transforme en une machine à punir.

Philippe Pons


74 prisons occupées à 110 %

Au cours des cinq dernières, le taux d'occupation des 74 prisons japonaises est passé de 83 % à 110 % - avec des cas extrêmes à Shizuoka et à Niigata (134 %). On comptait, en juin 2002, 67 000 détenus (dont près de 4 000 étrangers en majorité chinois et coréens) pour 15 225 gardiens. Ce surpeuplement, qui atteint 120 % en moyenne dans les prisons de femmes, tient moins à une augmentation de la criminalité (certes, en hausse régulière alors que le taux d'élucidation des crimes et délits baisse) qu'à une aggravation des délits entraînant un allongement des peines et surtout une plus grande sévérité à l'encontre des coupables pour les affaires de drogue en particulier.

Le nombre d'infractions aux règlements augmente : de 3 700 en 1996 il est passé à 6 033 en 2001. Entre 1998 et 2000, il y a eu une dizaine de suicides par an dans les prisons nippones - comparé à plus d'une centaine en France pour un nombre légèrement inférieur de détenus mais une population moitié moindre. Pour la première fois en vingt ans, le Japon doit construire deux nouvelles prisons qui seront achevées en 2005. - (Corresp.)

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.02.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-06 13:36:11
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Jeudi 6 février 2003

PRISONNIERS

Prestige : des prisonniers deviennent dépollueurs

Des détenus vont être mis à la disposition des autorités pour nettoyer les plages du Sud-Ouest souillées par le pétrole du Prestige, a annoncé jeudi la Chancellerie. A travers cette opération, le ministre de la Justice Dominique Perben entend montrer «une illustration concrète de l'importance des alternatives à l'incarcération», explique-t-on au ministère. 70 détenus incarcérés dans les dix-neuf prisons du Sud-Ouest et dont le reliquat de peine est inférieur à un an, pourraient être concernés par cette opération s'ils obtiennent l'accord de leur juge d'application des peines, précise-t-on de même source. Les détenus concernés sont ceux qui peuvent bénéficier d'un placement en chantier extérieur sans surveillance continue. (AFP.)

M. F.

[06 février 2003]

Alors que le colmatage de l'épave du Prestige est «en voie d'achèvement» au large de la Corogne (Espagne), la véritable marée noire déferle sur les côtes basques et landaises. Une mauvaise nouvelle n'arrivant jamais seule, le Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures (Fipol) affirme que «le coût du sinistre dépassera, sans aucun doute, l'enveloppe prévue».

Pour le troisième jour consécutif, le littoral atlantique a été touché, hier, par de larges nappes de mazout. Sur la côte landaise, toutes les plages ou presque ont reçu leur part de fioul lourd. De longues traînées de plusieurs mètres, magmas de galettes et de déchets végétaux, ont atteint les rochers de Biarritz. La plage d'Hendaye, qui avait été épargnée, a été frappée de plein fouet.

En mer, la course contre la montre a commencé pour endiguer la catastrophe. «La pollution la plus forte est localisée devant Bayonne et Saint-Jean-de-Luz où des amas de galettes s'étalent sur plusieurs kilomètres à proximité de la côte», a indiqué, hier, la préfecture maritime de Brest. C'est sur cette zone que huit chalutiers ont décidé de concentrer leurs efforts pour tenter de faire barrage aux plaques de fioul avant qu'elles ne souillent le rivage.

Des navires spécialisés dans le pompage se sont positionnés au large des côtes landaises et à 80 kilomètres au large d'Arcachon. Au total, pas moins de vingt tonnes de fioul ont déjà été récupérées en dépit de conditions météorologiques difficiles dans le golfe de Gascogne.

Une dizaine de bâtiments ont par ailleurs essayé de protéger le bassin d'Arcachon afin d'éviter une nouvelle interdiction de vente des coquillages. Toujours en Gironde, la centrale nucléaire du Blayais, a été placée sous surveillance. Ses réacteurs devront être stoppés si du pétrole pénétrait dans l'estuaire.

Ironie du sort, le mazout arrive en quantités impressionnantes alors même qu'on annonce la fin du colmatage de l'épave du Prestige par le Nautile. Rien d'étonnant, pourtant : il s'écoule plusieurs semaines, six environ selon les experts, entre le moment où le fioul s'échappe de la carcasse du pétrolier et celui où il salit le rivage français. «La mission n'est pas totalement achevée, le sous-marin français effectue ses dernières plongées de contrôle, précise Guy Herrouin, directeur de l'Ifremer (Institut français de recherches pour l'exploitation de la mer) Méditerranée, propriétaire du Nautile. Si la météo est favorable, nous espérons avoir terminé d'ici à la fin de cette semaine.»

Du côté des indemnisations, l'heure n'est guère à l'optimisme. «L'enveloppe comprise entre 175 et 180 millions d'euros ne sera pas suffisante pour supporter le coût de la catastrophe», annonce déjà le porte-parole du Fipol, qui s'apprête à ouvrir à Bordeaux un bureau d'information pour les victimes. De toute façon, «les États membres du Fipol, réunis mardi, n'ont pas fixé les taux de paiement car ils ne disposent pas de données suffisantes sur l'évaluation du sinistre.» Autrement dit, l'administration peut procéder à l'évaluation des dossiers d'indemnisation mais sans débourser le moindre euro pour l'instant, sauf situations d'extrême urgence étudiées au cas par cas.

 

 


ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-02-06 13:33:10
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SECURITE ET DEFENSE PAR ERIC JL BRETON - PRISONNIERS