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Lundi 14 avril 2003
DESARMEMENT
Analyse
L'Europe menacée d'un désarmement technologique
LE MONDE | 14.04.03 | 14h10
A deux semaines d'un mini-sommet à Bruxelles de quatre pays européens sans le Royaume-Uni, sur la défense, Michèle Alliot-Marie, ministre française de la défense, a sur son bureau un rapport alarmant. Il conclut à "un véritable désarmement technologique"de l'Europe face aux Etats-Unis. Et, singulièrement, un désarmement des grands pays européens, dont la France, mais qui épargne cependant la Grande-Bretagne.
Le document en question émane de l'Observatoire économique de la défense, qui dépend de la direction des affaires financières au sein du ministère français de la défense. Tout ce qu'il y a de plus officiel et, en l'espèce, de moins contestable.
Entre 1980 et 2000, selon ce rapport, l'écart entre les Etats-Unis et les pays de la LOI (Letter of Intent), c'est-à-dire l'Allemagne, l'Espagne, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et la Suède, n'a cessé d'évoluer à l'avantage des Américains en matière de crédits d'études, de recherche et développement à des fins militaires. "Exprimé en monnaie constante [dollar 2001], est-il écrit dans la note, l'effort cumulé des pays de la LOI représentait 40 % de celui des Etats-Unis en 1980, 30 % en 1990 et moins de 23 % en 2000. Il a diminué de 22 % sur la période considérée, alors que celui des Etats-Unis augmentait dans des proportions proches de 40 %."
En France, cet effort sur la technologie de défense a sensiblement augmenté entre 1980 et 1990, puis il a fortement diminué entre 1990 et 2000, "à la fois en termes absolus et en termes relatifs", est-il précisé dans le rapport. Ce qui vise autant la présidence de François Mitterrand, précédemment, que celle, aujourd'hui, de Jacques Chirac.
La conclusion est sans appel. Chez les Européens, "c'est à l'équivalent d'un véritable désarmement technologique que nous avons assisté, avec les conséquences que l'on connaît et qui sont, dans une large mesure, déjà perceptibles". Le phénomène est "d'autant plus paradoxal, sinon troublant", note le document, qu'il n'a pas d'équivalent en matière de recherche et développement à usage civil. En l'espèce, ce sont les Etats-Unis qui sont à la traîne : leur effort de recherche civile a augmenté trois fois moins vite que celui des pays de la LOI durant la même période.
Autre constat : entre le Royaume-Uni et la France, la compétition n'est pas à l'avantage de la seconde, qui tend plutôt à décrocher.
Certes, l'effort de défense des six pays européens de la LOI repose en 2000, à raison de 70 % de son total, sur la Grande-Bretagne et la France, qui peuvent prétendre ne pas baisser les bras. Mais, outre le fait que, en 1980, Britanniques et Français assuraient 85 % de l'effort, il y a aussi ce diagnostic inquiétant du ministère français de la défense selon lequel "la France, parmi ses partenaires européens, a vu s'éroder sa position en matière de recherche et développement militaire vis-à-vis du Royaume-Uni".
D'une certaine façon, la France rend un hommage indirect à la politique persévérante des Britanniques dans le domaine de la technologie militaire, à la veille du mini-sommet de Bruxelles, d'où ils seront les grands absents. Leur ministre des affaires étrangères, Jack Straw, s'en est expliqué en affirmant au quotidien espagnol El Pais que "les décisions fondamentales en matière de défense et de politique étrangère devront continuer à être intergouvernementales et à relever de la compétence des Etats".
DES MOYENS QUE LA FRANCE N'A PAS
Si l'Observatoire économique de la défense note que, toute comparaison gardée, le désarmement technologique de la France est "déjà perceptible dans une large mesure", c'est que l'actualité, avec les péripéties de la guerre en Irak, est là pour en apporter la preuve.
On n'épiloguera pas sur les raisons qui ont incité les gouvernements, de part et d'autre de la Manche, à réagir différemment face au problème irakien. Mais on remarquera – pour illustrer l'écart qui se creuse entre les capacités militaires des deux pays – que la Grande-Bretagne est intervenue face à Saddam Hussein avec des moyens, tels les missiles de croisière Tomahawk lancés par des sous-marins ou Storm Shadow tirés par des avions Tornado, que la France n'a pas encore et qu'elle attend.
Dans un autre ordre d'idées, le Royaume-Uni s'est engagé à disposer, au début de la prochaine décennie, de deux porte-avions, quand la France continue de discuter des modalités opérationnelles d'un deuxième Charles-de-Gaulle.
De même, en ayant acheté des gros-porteurs C-17 et C-130J aux Etats-Unis, les Britanniques alignent déjà une force aérienne dite de "projection", alors que leurs alliés français doivent se satisfaire d'une flotte fatiguée de Transall.
Les responsables politiques et industriels français, qui ne nient plus le fait que le Royaume-Uni a fait des choix intelligents et que, d'une certaine façon, il est devenu le pays leader européen en matière de défense, en sont réduits à attendre leur allié au tournant.
En effet, à trop s'être rapprochés des Etats-Unis en "collant" à leurs options militaires, les états-majors britanniques ont peut-être commis des erreurs. En témoigne le fait qu'ils ont décidé de participer activement au nouveau programme F-35 – l'ex-avion de combat Joint Strike Fighter (JSF) que Washington a proposé aux Européens – du groupe Lockheed Martin, alors que l'armée de l'air américaine le défend sans aucun enthousiasme, pressée qu'elle est de devoir payer en priorité son autre nouvel avion de combat F-22, qui va lui coûter très cher.
Que peut-il se passer dans ce contexte ? L'annulation du projet F-35, si elle devait se produire, comme l'éventualité n'en est pas totalement exclue, laissera l'Europe sans programme commun pour remplacer, à terme, ses avions de combat actuellement en service, comme les Rafale, Eurofighter et autres Gripen. Ce jour-là, s'il advenait, ses alliés européens ne manqueront pas de rappeler à la Grande-Bretagne qu'elle a pris une lourde responsabilité en se ralliant trop vite aux intérêts de Washington.
Jacques Isnard
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 15.04.03
ericjeanloicbreton |
| 2003-04-14 10:32:01
Permalien
DEFENSE, ALLIOT-MARIE
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Jeudi 27 février 2003
ALLIOT-MARIE
| Entretien du ministre de la Défense, madame Michèle Alliot-Marie sur RMC |
| Paris, le 26 février 2003 |
Jean Jacques Bourdin Notre invitée, ce matin, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie bonjour, merci d’être avec nous et d’être avec les auditeurs de RMC Info. Vous pouvez intervenir vous le savez, le 32.16, notre numéro, avec nous aussi, Jean-Michel Demez qui est resté, qui est grand reporter au service monde de l’Express. Regardons, ensemble, le carnet de notes, RMC Info L’Express, Louis Harris, Michèle Alliot-Marie vous avez la troisième note du gouvernement, une note plus qu’honorable, 11,4, en progression par rapport au mois de janvier, un commentaire… non, cela vous fait plaisir ?
Michèle Alliot-Marie Je ne vais pas vous dire que cela ne me fait pas plaisir. C’est toujours agréable de voir son travail reconnu. Je pense que l’actualité y est aussi pour beaucoup puisqu’elle me met sur le devant de la scène. Je dirais que je prends cela plutôt pour un encouragement et que je vais essayer de mieux faire.
Alors, l’actualité, c’est évidemment ce débat à l’Assemblée aujourd’hui, à l’Assemblée et au Sénat, au Parlement, ce débat sans vote, je le rappelle, qu’attendez-vous de ce débat, Michèle Alliot-Marie ?
Je pense que ce débat sera une occasion d’informer les Français, peut-être encore plus que la représentation nationale régulièrement tenue informée par le biais des commissions parlementaires, de ce qui se passe sur l’Irak. Je pense que ce sera probablement aussi une façon de conforter la position du président de la République et du gouvernement, qui est une position de fermeté, de double fermeté je dirais : à l’égard de l’Irak, à qui nous disons : « il faut désarmer. Il faut éliminer les armes de destruction massive que vous possédez » ; une fermeté également à l’égard de la Communauté internationale, en disant : « Ce qui doit prévaloir, c’est la légalité internationale ». Les décisions doivent être prises dans le cadre de l’ONU. On doit appliquer la décision de l’ONU, adoptée à l’unanimité, qui précise que ce désarmement doit intervenir par la voie des inspections.
Bien, est-ce aussi l’occasion, pour le gouvernement, de préciser les choses à l’égard des députés UMP qui commencent…, qui commencent à s’inquiéter. Certains disent, nous remarquons un éloignement de plus en plus fort, vis à vis des Américains. La position française est la marque d’un éloignement ostentatoire, vis à vis des Américains, vous les entendez ces députés UMP qui commencent à s’inquiéter ?
Quelques députés UMP qui ont des liens particuliers avec les Etats-Unis peuvent avoir cette inquiétude. Je leur dis qu’ils ont tort d’être inquiets. Nos relations avec nos amis américains sont toujours excellentes. Je dirais que quand on a des amis, et c’est peut-être justement le moment aujourd’hui, nous avons alors le devoir de leur dire lorsqu’ils font fausse route. Nous avons le sentiment que le gouvernement américain risque de faire fausse route s’il s’engage soit dans une démarche unilatérale, soit dans une démarche d’intervention militaire, avant d’avoir laissé toutes les chances du désarmement, par le biais des inspections. Je parle du gouvernement américain et pas des Américains en général dont la position est beaucoup plus variée qu’on ne le dit souvent. Il faut effectivement savoir ce que l’on veut. Que voulons-nous ? Nous voulons éliminer les armes de destruction massive que détiendrait l’Irak. Qu’est-ce qui est le plus efficace pour les détruire ? Est-ce que c’est une intervention militaire, ou est-ce que ce sont des inspections, sous l’égide de l’ONU ? Le passé nous en donne un exemple, puisqu’il y a déjà eu, à la fois une guerre à la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak, et des inspections. Il faut que l’on sache que les premières inspections ont permis l’élimination de davantage d’armes que toute la guerre du Koweït et de l’Irak. C’est donc bien la démarche des inspections qui est la plus efficace, quand elle peut se faire. C’est la raison pour laquelle nous disons à l’Irak : « Il faut que les inspecteurs aient tous les moyens d’agir et vous devez collaborer ».
Ont-ils tous les moyens d’agir aujourd’hui, franchement ?
Aujourd’hui, il faut distinguer deux choses : d’une part, ce que fait l’Irak et d’autre part, ceux que nous aidons. En ce qui concerne l’Irak, les inspecteurs Messieurs Blix et El Baradei ont noté que, ces derniers temps, il y avait eu des progrès dans la collaboration de l’Irak. Il y a encore plus à faire, et nous disons à l’Irak : « Il faut le faire ».
Notamment, sur les missiles !
Notamment, sur les missiles. Mais je dirais d’une façon générale, notamment quand il s’agit d’interroger des scientifiques. Nous disons aussi à la Communauté internationale : « Il faut que nous-mêmes, nous aidions les inspecteurs ». C’est ce qu’avait proposé Dominique de Villepin dans ce qu’on a appelé un premier mémorandum, lorsqu’il a déclaré : « Il faut qu’il y ait davantage de personnes pour aider les inspecteurs. Il faut qu’ils aient davantage de moyens matériels et il faut ensuite, éventuellement, qu’il y ait une surveillance des sites ». Davantage de personnels, c’est ce qui a été fait, notamment avec l’arrivée des experts venant d’Afrique du Sud, puisque vous le savez, l’Afrique du Sud a été confrontée au même problème et qu’elle a eu elle-aussi un désarmement. Leurs experts sont maintenant en Irak. Je pense que c’est une bonne chose. Davantage de moyens matériels, ce sont par exemple la mise à disposition des Mirage IV, qui évoluent à haute altitude et très rapidement, et que nous avons envoyés en Irak pour effectuer des missions de surveillance. Ils pourront ainsi surveiller un grand nombre de sites. Et, en ce moment même, nos Mirage sont en train de faire une mission pour les inspecteurs et à leur demande.
En ce moment ?
En ce moment même, oui, ils sont en train de voler. D’autre part, ce que nous disons maintenant dans un deuxième temps, c’est qu’il faut probablement être encore plus précis. C’est l’objet du deuxième mémorandum déposé hier par la France et qui consiste à dire : on ne va pas simplement parler de désarmement en général. Nous allons aider les inspecteurs, en leur faisant désormais préciser les éléments dans lesquels des actions doivent être menées et en dressant un calendrier. Parce qu’il ne s’agit pas de dire : « Il n’y a pas de calendrier, on reste dans le flou ! ». C’est le sens du mémorandum que la France a déposé avec, notamment, le soutien ou la participation de l’Allemagne et de la Russie et avec le soutien actif de la Chine. Je pense que ce mémorandum recueillera effectivement un grand nombre de soutiens, parce qu’il va dans le sens de l’efficacité.
Jean-Michel Demez Madame le Ministre, on peut renforcer les moyens, effectivement, mais sur le terrain ce qui reste, c’est que c’est à Saddam Hussein que revient l’ultime décision, d’imposer ce désarmement pacifique de l’Irak que la France appelle de ses vœux. Or, les derniers signes ne sont pas très encourageants sur la déclaration à “ CBS ” hier où Saddam Hussein refuse…
Jean-Jacques bourdin Concernant les missiles ? oui. J’imagine que là, vous êtes catégorique concernant les missiles ?
Absolument !
Ces missiles doivent être détruits ?
Nous sommes extrêmement fermes. Cela a été dit. Nous faisons entièrement confiance aux inspecteurs et l’Irak doit suivre les demandes des inspecteurs. Les inspecteurs demandent qu’on détruise ces missiles.
Avant le 1er mars ?
Eh bien cela doit être fait.
Avant le 1er mars ?
Bien sûr, les inspecteurs ont fixé une date. Encore une fois, nous disons que ce sont les inspecteurs sur le terrain qui peuvent déterminer les conditions et les délais des inspections.
Jean-Michel Demez Qu’est-ce qui se passe, si ce test là ne marche pas, est-ce que cela ne remet pas en cause, la position française ?
Non. Parce que la position française a toujours été la même. La position française consiste à dire : il est préférable de désarmer d’une façon pacifique. Mais attention, si l’Irak fait un blocage, si le désarmement par la voie pacifique des inspections est impossible, alors, à ce moment-là, nous passerons à une deuxième phase.
Jean-Jacques bourdin A une deuxième phase qui pourrait aller jusqu’à la guerre ?
A une deuxième phase qui comporte un certain nombre de mesures possibles, dont la guerre.
Dont la guerre. Votre mémorandum, est-ce qu’il y a une date butoir, vous fixez un calendrier, on parle de quatre mois, non… ?
Non. Cela dépend des mesures. Par exemple, en ce qui concerne la destruction des missiles, c’est le 1er mars, puisque c’est ce qui a été demandé. En ce qui concerne la vérification qu’il n’y a pas de matières susceptibles d’être utilisées pour des armements nucléaires, Monsieur El Baradei a dit qu’il fallait six mois pour s’en assurer. Nous donnons six mois.
Donc vous donnez six mois à l’Irak !
Non. Ce n’est pas ce que je dis. Le calendrier doit être fixé objectif par objectif. Et ces objectifs doivent être, en eux-mêmes et dans leur calendrier, examinés avec les inspecteurs. Il faut que le 1er mars, c’est ce que nous disons, aux alentours du 1er mars, les inspecteurs nous disent : quoi et pendant combien de temps ?
Donc, vous demandez six mois d’inspection, en quelque sorte ?
Encore une fois, je vous répète que nous suivons les inspecteurs. Il y a des domaines dans lesquels cela peut être quinze jours, dans d’autres domaines peut-être, cela sera sept mois. Aujourd’hui, je ne suis pas capable de vous le dire. C’est ce que nous demandons aux inspecteurs de proposer et d’exposer au début du mois de mars.
Jean-Michel Demez Michèle Alliot-Marie, qu’est-ce qui se passe concrètement le 1er mars, si les missiles irakiens ne sont pas détruits ?
Le conseil de sécurité de l’ONU sera saisi. Il entendra les inspecteurs pour voir quelle est leur recommandation.
Et la France suivra, suivra les inspecteurs, les recommandations des inspecteurs ?
La France déterminera sa position en fonction des recommandations des inspecteurs. Ce sont des sujets extrêmement sensibles. Nous sommes en train de parler de la paix et de la guerre. Dans ces domaines-là, ce n’est pas l’imagination qui doit prévaloir, c’est le pragmatisme. Il faut, étape par étape, regarder ce qu’il convient de faire et ce qui correspond, le mieux, à la situation.
Jean-Jacques bourdin Notre invitée, ce matin, Michèle Alliot-Marie, Michèle Alliot-Marie ce fameux droit de veto, deuxième résolution américaine, britannique et espagnole, est-ce qu’à, un moment donné ou à un autre, la France devra utiliser son droit de veto ? Est-ce que vous allez êtes confrontée, est-ce que vous pensez un jour, que vous allez être confrontée à l’utilisation de ce droit de veto ?
La situation change de jour en jour. Il est donc difficile de faire des prévisions. Ce que je peux simplement dire, c’est qu’aujourd’hui le problème ne se pose pas. D’abord, parce que nous ne sommes pas absolument sûrs que les Etats-Unis mettent leur deuxième résolution au vote. Hier, le président Bush lui-même a dit que cette deuxième résolution ne lui semblait pas utile ou indispensable.
Parce qu’il n’aurait pas de majorité ?
Je ne sais pas. C’est à lui qu’il faudrait poser la question. Deuxièmement, ce que je dis aussi, c’est que le veto n’est utilisé que pour aller contre une majorité qui soutiendrait une résolution. Aujourd’hui, à notre connaissance, cette majorité n’existe pas. Le problème de droit de veto ne se pose pas.
Si la France était minoritaire au Conseil de sécurité, elle n’emploierait pas, elle n’utiliserait pas son droit de veto, c’est que vous dites ?
Non. Ce que je dis, c’est qu’aujourd’hui, je ne peux pas vous répondre sur ce point. La France décidera de sa position, en fonction de ce que seront les circonstances et de sa propre appréciation. Or, vous le savez, les circonstances pouvant changer de jour en jour.
Mais l’utilisation du droit de veto, c’est encore, c’est toujours une possibilité, la France a toujours ce droit, et elle se réserve le droit.
La France a, bien entendu, toujours ce droit, et la France se réserve toute sa liberté d’appréciation à tout moment.
Mais ce serait un acte d’agression disent certains députés UMP et notamment Axel Poniatowski, qui préside le groupe d’amitié France-Etats-Unis. Ce serait un acte d’agression vis à vis des Etats-Unis.
Je crois que les parlementaires de la majorité savent bien que les liens entre la France et les Etats-Unis sont extrêmement solides. Il faut de toute façon distinguer ce que sont ces relations d’amitié sur le long terme et ce que peuvent être, effectivement, des situations où nous ne sommes pas d’accord. Vous savez, les Américains eux-mêmes, le comprennent très bien. Lorsque je suis allée à Washington il y a quelques semaines et également par les contacts que j’ai eus, quotidiennement ou hebdomadairement, je puis vous assurer que je constate que les Américains sont au moins aussi divisés sur la situation actuelle et sur la solution à y apporter, que peuvent l’être les Européens. On parle toujours de la division des pays européens dans leur appréciation. Je peux vous dire qu’au sein même de l’administration américaine, il y a toutes les nuances de positions à l’égard d’une intervention armée.
Si les Américains entrent en Irak, militairement sans l’aval de l’ONU, est-ce une gifle infligée à l’ONU, à l’Organisation des Nations Unies, serait-ce une gifle ou serait-ce… ?
Je ne parlerais pas en terme de gifle. Je dirais qu’il s’agirait d’une remise en cause du rôle de l’ONU et probablement des chances de stabilité du monde. Je pense que ce serait effectivement un acte très grave vis-à-vis de l’ensemble de la communauté internationale et vis-à-vis de l’avenir à un moment où notre monde est agité par de multiples crises. La chute du mur de Berlin n’a pas entraîné les dividendes de la paix, comme certains avaient pu l’espérer. Je dirais qu’au contraire, on le voit en Afrique, on le voit dans les Balkans, on le voit en Asie centrale - nous sommes dans une période de très grande incertitude avec la Corée du Nord, qui fait de la provocation -, avec le Pakistan, avec l’Inde. Nous voyons bien le besoin d’une organisation, d’une stabilité internationale, d’une légalité internationale. Ceux qui prendraient le risque de les mettre en cause, prendraient une lourde responsabilité.
Jean-Michel Demez Vous avez évoqué les divisions de l’Europe, j’ai deux questions moi, est-ce que l’on peut encore aujourd’hui avoir, en Europe, une politique étrangère commune ? Et la deuxième question, c’est ; est-ce que le retard militaire de l’Europe, n’est pas tel, vis à vis des Etats-Unis, qu’on est complètement largué et que l’idée d’une politique de défense européenne c’est quelque chose qui est maintenant mythique ?
Une politique étrangère commune en Europe ? Nous sommes en train de la construire. Il n’y en avait jamais eu et nous sommes plutôt en train de progresser. On parle beaucoup de l’Irak. Ce qui est frappant, c’est de voir que l’Europe a aujourd’hui, et pratiquement sur tous les autres sujets, une politique commune. Nous sommes donc aujourd’hui en train de construire cette Europe, même s’il y a encore des divergences, c’est vrai. Sur le plan de la Défense, je dirai que l’on est allé encore plus loin et plus vite que dans le domaine des affaires étrangères. On est probablement d’ailleurs allé plus vite que lorsque l’on a construit l’Europe monétaire. Il a fallu des décennies pour faire l’euro. Aujourd’hui, l’Europe de la Défense est une réalité. J’en veux pour preuve que, pour la première fois, c’est l’Europe de la Défense qui prendra la relève de l’OTAN, dans les Balkans en Macédoine au début du mois de mars. Pour la première fois, les Européens agiront en tant qu’armée. L’année prochaine, nous agirons en Bosnie, exactement de la même façon. Nous sommes en train de construire cette Europe de la Défense. Pour cela, nous essayons de nous réarmer, c'est-à-dire de combler les lacunes que nous pouvons avoir en matière d’armement. Nous sommes en train de mettre en place des programmes communs, dans le domaine du transport par exemple avec l’A400M, et aussi dans le domaine des missiles. Ce sont des avancées que je constate, mois après mois, notamment parce que…
Jean-Jacques bourdin Sauf que les Portugais par exemple, achètent des avions américains et non pas…
Non, non ce sont les Polonais !
Les Portugais aussi !
Non. Les Portugais, c’est sur le programme A400M qu’ils se sont désengagés, compte tenu notamment de leurs difficultés financières. Ils ont trouvé qu’à la place de 3 A400M, ils pouvaient acheter 5 C-130. Donc, ça, c’est un autre problème ! Nous avons aussi des progrès à faire, notamment en matière d’industrie de l’armement européenne. Lorsque nous aurons une industrie de l’armement européenne suffisamment forte, nous pourrons baisser un certain nombre de prix et être concurrentiels. Je ne vous dis pas que l’Europe de la Défense existe d’ores et déjà. Je vous dis qu’elle est en train de se construire, et qu’elle va bien, notamment parce que la France a donné un signe fort avec la loi de programmation militaire, car il faut que nous soyons à même de protéger nos concitoyens.
Jean-Michel Demez On est une exception en Europe, je veux dire les seuls pays, les seuls Etats qui augmentent leur budget militaire, c’est effectivement, la France et l’Angleterre, l’Allemagne ne bouge pas, notre principal partenaire ne veut pas augmenter son budget militaire, comme les autres Etats européens d’ailleurs.
C’est la raison pour laquelle, à chaque fois que je rencontre mes collègues de la Défense, c'est-à-dire une fois par mois, je demande qu’ils fassent un effort, que leur gouvernement fasse un effort pour les mettre à ce niveau. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle aussi nous avons demandé que lorsqu’il s’agit de protéger la vie de nos concitoyens, notamment contre le terrorisme, il puisse y avoir un assouplissement des critères de Maastricht et que l’on ne prenne pas prétexte, de l’équilibre, de la stabilité pour empêcher les pays de faire les efforts nécessaires pour nous protéger, pour permettre à l’Europe d’avoir sa Défense.
Jean-Jacques bourdin Michèle Alliot-Marie prenons nos auditeurs, ils ont toute leur place, Jean-Louis par exemple, bonjour Jean-Louis, cadre commercial dans les Pyrénées Orientale, votre question Jean-Louis à Michèle Alliot-Marie !
Auditeur Oui, bonjour Madame, je voulais vous demander simplement, le général de Gaulle a dit, il y a quelques dizaines d’années, que l’ONU était un machin. Je pense qu’il avait entièrement raison, et c’est un machin que Monsieur Bush s’apprête à fouler à ses pieds, d’une manière ou d’une autre. Je soutiens bien sûr la thèse française, je voulais savoir simplement, si on a les moyens qu’on ne fasse pas, comme Don Quichotte contre les moulins, est-ce qu’on a les moyens d’aller jusqu’au bout, et est-ce qu’il n’y aurait pas une solution extrême, si, malgré l’opposition des membres permanents, à quoi cela sert d’en faire partie ? Donc, si jamais il passait outre, pourquoi est-ce que l’on ne sortirait pas de l’ONU ?
L’ONU a peut-être ses défauts. Elle a aussi ses avantages, c'est-à-dire qu’elle fait passer les grands conflits par le filtre d’un accord des principaux pays. Elle permet, aujourd’hui encore, d’éviter un certain nombre de crises. Elle donne une légitimité à l’action armée dans un certain nombre de cas. Si vous n’avez pas l’ONU, qu’est-ce qui se passe ? Il se passe que vous n’avez plus personne pour intervenir au niveau de ces crises, ni à titre préventif, ni à titre d’interposition. Dans le monde dans lequel nous sommes, vous risquez d’avoir un embrasement général. Je crois que ce sur quoi il faut travailler, c’est améliorer le fonctionnement et plutôt renforcer l’action de l’ONU, que de la faire éclater.
Merci Jean-Louis, Olivier est avec nous, bonjour Olivier, Olivier vous avez 35 ans, vous êtes employé dans l’industrie, chez Giat.
Auditeur Oui, chez Giat Industries. Bonjour Madame la Ministre, donc je téléphone à propos de Giat Industries donc, vous vous en doutez. J’aimerais savoir comment la France va continuer à avoir des positions fortes, à l’ONU et tenir un langage à l’ONU, en sachant très bien qu’en France, elle abandonne son outil industriel, comme son outil de défense, à travers le Giat, la DCN et par conséquent, son indépendance. Et sachant très bien qu’à terme, ne produisant plus l’armement en France, nous serons obligés d’acheter sur étagère, on le fait déjà chez les Israéliens pour les munitions et, à terme, on le fera probablement sur les étagères américaines. Donc, n’y a t-il pas une contradiction, de ce point de vue là ?
Jean-Jacques bourdin Michèle Alliot-Marie vous répond.
Je voudrais rassurer Olivier, en lui disant qu’il n’est pas question, pour nous, d’abandonner notre industrie, ni en ce qui concerne DCN, ni en ce qui concerne le Giat. Au contraire. Avec DCN, nous sommes en train de finaliser sa réorganisation qui va lui permettre d’avoir toutes ses chances dans une industrie effectivement très concurrentielle au plan mondial. Nous sommes en train de capitaliser DCN. Nous faisons un plan d’entreprise pour DCN. Nous sortons d’un système très administratif pour lui permettre d’avoir toute cette liberté, puisque DCN, c’était en quelque sorte quasiment une administration. L’ensemble du schéma sera mis en place au 31 mai prochain. DCN va ainsi devenir un élément fort en matière de construction navale, au niveau européen et peut-être plus après, puisque DCN exporte aussi. En ce qui concerne le Giat, c’est exactement la même chose. Nous sommes attachés à une industrie terrestre, d’autant qu’au Giat, il y a un certain nombre de compétences. Giat a de gros problèmes. C’est vrai que, depuis dix ans, il y a eu cinq plans sociaux successifs. Ils n’ont jamais marché. Il y a des pertes considérables de plusieurs milliards d’euros chaque année, parce que l’on n’a pas bien vu les choses. Ce que j’ai demandé, aujourd’hui, au président du Giat, c’est de faire des propositions qui reposent sur un plan industriel sérieux. Dans le dernier plan par exemple, on avait intégré les chars Leclerc, dont on savait très bien qu’en 2004, la construction serait terminée. On ne fait donc pas un plan pour deux ans. Ce que je demande c’est qu’aujourd’hui, on ait un plan avec des projets qui seront des projets sur dix ans ou sur quinze ans. De ce point de vue, la loi de programmation militaire, qui apporte des financements importants en matière de matériels terrestres, est un soutien important à Giat. Bien entendu, cela risque d’avoir un certain nombre de conséquences aussi sur des resserrements d’emplois. J’ai demandé, également, que le cas des personnes soit traité individuellement. J’ai aussi demandé qu’il y ait des solutions pour chacun d’entre eux et que l’on prenne aussi en compte l’aménagement du territoire, parce que nos industries de Défense sont aussi des industries qui participent à l’animation de l’ensemble de notre territoire. Je le dis, à RMC, qui est une radio très implantée dans nos régions.
Merci beaucoup, merci Olivier, Merci Michèle Alliot-Marie, merci d’avoir été avec nous. Je vous laisse, parce qu’il y a Conseil des ministres.
Oui et j’y vais directement.
Et vous y allez directement. Merci d’avoir été avec nous.
ericjeanloicbreton |
| 2003-02-27 12:54:23
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ALLIOT-MARIE
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Vendredi 21 février 2003
INTERVIEW D'ALLIOT-MARIE
| Entretien du ministre de la Défense, madame Michèle Alliot-Marie sur Europe I |
| Paris, le 21 février 2003 |
Journaliste Deux Mirage français vont décoller, tout à l’heure, de la base aérienne d’Istres dans les Bouches-du-Rhône, des Mirage IV, spécialisés dans les photographies aériennes. Ils partent pour le Golfe, épauler les inspecteurs en désarmement qui sillonnent actuellement l’Irak. Le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, est avec nous pour en parler, cela vient clairement à l’appui, madame, de la volonté de la France de renforcer les inspections, c’est cela ?
Michèle Alliot-Marie Effectivement. Devant l’ONU, Dominique de Villepin avait dit que la France estimait indispensable d’obtenir que l’Irak élimine ses armes de destruction massive et que, pour cela, il fallait apporter le maximum d’aide aux inspecteurs des Nations Unies et renforcer leurs possibilités. Nous avons donc proposé de mettre, à leur disposition, nos Mirage IV, après leur acceptation et après également l’acceptation des autorités concernées, pour que nous puissions poser non seulement les Mirage mais l’ensemble du détachement qui les accompagne, c’est-à-dire deux avions ravitailleurs et une équipe de soutien et d’exploitation, d’environ 70 militaires. Nos avions partent donc ce matin à 8 h 40 de la base d’Istres.
Alors, quelles sont les forces techniques de ces Mirage, madame Alliot-Marie ?
Leur spécificité, c’est d’être extrêmement souples. D’abord, ils peuvent voler relativement bas et à une vitesse qui est modulable, par rapport aux U2. Les U2 volent très lentement mais, en même temps, ils couvrent un territoire qui est donc différent de celui des Mirage IV.
Et ils prennent des photos ?
Les Mirage IV prennent des photos, qui sont ensuite examinées et exploitées. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il y a une équipe importante qui accompagne les Mirage IV.
Et, alors, donc il y a des avions ravitailleurs avec eux, c’est-à-dire que les Mirage pourront, comme ça, survoler l’ensemble du territoire de l’Irak ?
Grâce aux ravitailleurs, ils pourront voler pendant très longtemps puisqu’ils auront la possibilité de prolonger leur mission au-delà même de la première capacité d’un réservoir. Ils pourront donc suivre une situation, sur zone, avec une grande flexibilité pendant que se déroulent des inspections sur le sol irakien. C’est donc un élément très important pour les inspecteurs.
Alors, concrètement, comment ça va se passer ? C’est les inspecteurs qui vont leur donner des ordres de missions ? On voudrait une photo là-bas, là-bas...
Il y aura deux types de missions pour les Mirage IV. Il y aura d’une part des missions planifiées de survol de l’Irak, qui auront été préparées avec les inspecteurs, et d’autre part, il y aura également la possibilité que les Mirage IV effectuent des missions d’opportunité sur certains sites. Qu’est-ce que c’est des missions d’opportunité ? Ce sont des missions qui sont fixées en dernière minute, par exemple le matin même, à la demande des observateurs en Irak.
Oui, parce qu’on sait que les Américains soupçonnent les Irakiens d’écouter les inspecteurs et, justement, de réagir aux ordres qui sont donnés, donc l’effet de surprise sera complètement maintenu.
Exactement. De la même façon qu’il y a des inspections au sol, qui sont programmées aujourd’hui, d’autres seront en quelque sorte improvisées. Ce sera la même chose en ce qui concerne cette recherche de renseignement, par voie aérienne.
Ces Mirage seront basés en Arabie Saoudite ?
Ces Mirage seront sur une des bases du Golfe, dont je ne peux..
Secrète.
Voilà.
C’est le secret. On peut… ça n’engage à rien, mais préciser aux auditeurs, qu’il y a déjà 8 Mirage français sur une base d’Arabie Saoudite, qui contrôlaient en fait la zone d’exclusion aérienne au sud de l’Irak.
Oui. Il y a également d’autres bases dans lesquelles se trouvent régulièrement des avions français. Je pense notamment au Qatar par exemple.
Alors, on a appris que le Charles-de-Gaulle allait partir en opération début mars, et c’est vrai que, bon, on se pose des questions.
Le Charles-de-Gaulle est actuellement dans une période d’entraînement. Il est parti de Toulon le 4 février, pour une période d’exercices et également pour une remise à niveau opérationnelle. Il sera de retour le 25 février, comme c’était programmé. A son retour, l’équipage profitera de quelques jours de congés. Il repartira, début mars, pour une nouvelle période d’entraînement en Méditerranée. Il n’y a pas plus d’interprétation à faire de ce nouveau départ qu’il n’y en avait à faire le 4 février. Je crois que les circonstances d’ailleurs, ont montré qu’il n’y avait pas de raison de faire ces interprétations.
Michèle Alliot-Marie, une interview que nous avons réalisée, il y a quelques heures.
ericjeanloicbreton |
| 2003-02-21 11:45:05
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ALLIOT-MARIE
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Dimanche 9 février 2003
INTERVIEW D'ALLIOT-MARIE
| Entretien du ministre de la Défense, madame Michèle Alliot-Marie sur R.F.I. |
| Paris, le 7 février 2003 |
Journaliste Invitée de RFI aujourd’hui, Pierre Ganz reçoit le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.
Pierre Ganz Michèle Alliot-Marie bonjour !
Michèle Alliot-Marie Bonjour !
L’effectif de l’opération “ Licorne ” en Côte d’Ivoire atteindra ce vendredi 3 200 hommes avec l’arrivée prévue à Abidjan de 450 soldats français supplémentaires. Madame la ministre, quelle est la mission de ces renforts ?
La mission de ces renforts est de contribuer, comme c’est le cas depuis le début de la crise ivoirienne et comme cela vient également d’être demandé par les Nations Unies, à sécuriser les Français et l’ensemble des étrangers qui pourraient être pris dans des combats en Côte d’Ivoire, d’une part,
Des combats ou des manifestations ?
Ceux dont la vie pourrait être en danger en Côte d’Ivoire, et ce quelques soient les circonstances. Et d’autre part, à maintenir la ligne de cessez-le-feu pour permettre qu’un accord puisse être trouvé et surtout puisse être mis en place en Côte d’Ivoire.
Ces 450 hommes supplémentaires seront plutôt à Abidjan ?
Ces 450 hommes supplémentaires seront plutôt à Abidjan, puisque c’est à Abidjan que se concentre la très grande majorité de nos compatriotes et des étrangers. C’est à Abidjan aussi qu’ont eu lieu ces manifestations et ces pillages qui ont beaucoup inquiété nos compatriotes. Je dois dire que je comprends leur inquiétude, en voyant ces foules plus ou moins contrôlées qui lancent des slogans hostiles à la France et également hostiles aux Français qui vivent dans ce pays et lui apportent leur énergie depuis longtemps. Ils ne comprennent pas très bien ce qui se passe, et notamment lorsqu’ils ont des enfants. Il est donc normal qu’ils s’inquiètent d’éventuels débordements qui pourraient intervenir.
Vous parlez de sécurisation des Français de Côte d’Ivoire. Quelle forme cela va t-il prendre ? Est-ce que cela veut dire par exemple que tous les lieux sensibles où les Français se regroupent, écoles et autres vont être protégés par ces soldats ?
Non. Ce que nous disons, c’est que la sécurité des Français relève d’abord des autorités de Côte d’Ivoire. Elles en sont responsables personnellement, et cela leur a été dit. J’ajoute que si jamais les forces de l’ordre ivoiriennes n’étaient pas à même d’assurer cette sécurité, nous sommes présents pour les conforter. S’il y avait effectivement un risque pour les Français ou pour les étrangers, nous interviendrions. Nous ne prendrons pas le risque qu’il puisse être fait le moindre mal à nos compatriotes. C’est la raison pour laquelle, depuis qu’il y a eu ces manifestations à Abidjan, j’ai pris la décision d’assurer un survol quasi-permanent d’Abidjan par hélicoptère. Cette mesure nous permet de déceler s’il y a un mouvement ou une action quelconque et donc de pouvoir intervenir directement. Les troupes françaises sont donc là pour intervenir le cas échéant. Si la situation se dégradait, les troupes françaises seraient à même d’organiser une évacuation de nos ressortissants et des étrangers. Aujourd’hui, le problème ne se pose pas. Nous ne sommes pas dans un système d’évacuation globale. Mais nous avons tout prévu, c’est d’ailleurs le rôle des militaires. Nous sommes donc là pour mettre en œuvre des décisions qui pourraient être prises.
Et cette évacuation pourrait se déclencher si elle devait se déclencher et se mettre en œuvre très rapidement ?
Elle pourrait se mettre en œuvre très rapidement. Les plans d’évacuation ont été programmés. Nous en avons les moyens, qu’il s’agisse de moyens aériens ou qu’il s’agisse de moyens maritimes.
Juste un mot encore sur la sécurisation. Certains Français qui ont été victimes de pillage s’interrogent, se demandent pourquoi les soldats français qui étaient à quelques kilomètres ne sont pas intervenus, interviendront-ils désormais dans ces cas là ?
C’est d’abord aux autorités ivoiriennes, à la police et à la gendarmerie ivoiriennes donc, d’intervenir. Ce qu’elles ont d’ailleurs su faire à un moment donné. Si elles étaient dépassées, à ce moment-là, les troupes françaises interviendraient. Mais je crois aussi qu’il faut faire attention. Nous sommes dans un pays étranger. Nous ne nous substituons pas à la police ivoirienne. Il pourrait y avoir des formes de provocation, qui se retourneraient contre les Français, si effectivement, on voyait régulièrement des militaires français quadriller les rues d’Abidjan. Mais il faut savoir qu’ils sont présents, que s’il y avait quelque chose, ils interviendraient. Ils en ont tous les moyens. Les moyens juridiques, l’appui politique des Nations Unies et également les moyens techniques.
Cette résolution justement des Nations-Unies, est-ce qu’elle change la mission des troupes françaises ? Elle donne l’autorisation aux forces de la CEDEAO et aux forces françaises qui les soutiennent d’assurer la protection des civils ?
Cela change le poids politique et diplomatique de la mission. Nous faisions un travail qui nous paraît de notre responsabilité. C’est en effet de notre responsabilité que là où nous sommes présents, nous protégions nos ressortissants et les ressortissants étrangers. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs la demande de toute la communauté internationale.
Alors Michèle Alliot-Marie, parlons d’un autre dossier, celui de l’Irak, il n’y a pas eu ce jeudi accord entre les membres de l’OTAN sur un soutien militaire en cas de conflit en Irak, compte tenu notamment de la position et des réserves exprimées par la France. Est-ce que cependant des décisions sur ce soutien de l’OTAN à une éventuelle opération pourrait intervenir au début de la semaine prochaine ?
Nous ne sommes pas du tout dans cette perspective. Monsieur Powell a amené un certain nombre d’éléments et d’interrogations qui ne font que conforter l’idée que nous avons du rôle des inspecteurs des Nations Unies. Il faut que les inspecteurs puissent faire leur travail, sur la base de ces nouveaux renseignements qui leur ont été donnés et aussi sur la base des renseignements que nous leur apportons tous.
La France a fourni des renseignements précis ?
Bien entendu, la France fournit régulièrement des éléments précis. Elle est d’ailleurs prête à faire encore davantage, comme vient de le dire Dominique de Villepin, pour aider les inspecteurs et augmenter le nombre des inspections - il y a d’ailleurs un nombre important de scientifiques français qui participent à ces inspections –, et également pour aider au moyen de renseignement, y compris par nos avions spécialisés.
Alors ce sont les fameux Mirage IV, est-ce qu’il y a une réponse à cette proposition française de la part de l’ONU, de l’utilisation des Mirage IV ?
Attendez ! c’est Monsieur Blix qui doit formuler cette demande. Nous lui avons fait cette offre. Il faut lui laisser le temps de nous répondre.
Si les Mirage IV étaient acceptés par Monsieur Blix, il faudrait combien de temps pour que la France se déploie ?
Quelques heures.
Michèle Alliot-Marie, je reviens à la question sur le temps. Est-ce qu’au début de la semaine prochaine, il pourrait y avoir un accord sur une préparation éventuelle de l’OTAN, la date de la semaine prochaine a été évoquée par Lord ROBERTSON ?
Je vous ai répondu très directement. Nous sommes aujourd’hui dans une phase qui est celle des inspections. Nous ne sommes pas dans une phase de préparation de la guerre.
La France n’exclue aucune option, y compris en dernière extrémité, le recours à la force, Dominique de Villepin, mercredi devant le Conseil de sécurité, dans cette hypothèse, est-ce qu’on a les moyens militaires de participer pleinement à une opération éventuelle, compte tenu de notre implication sur de nombreux théâtres extérieurs ?
Le Président de la République nous a demandé de nous tenir prêts en toutes circonstances. C’est effectivement la responsabilité du ministère de la Défense que d’avoir les moyens matériels et humains de répondre à une décision politique. Je puis vous dire aujourd’hui que nous les avons. Nous en sommes capables, même si nous sommes déjà présents en Afghanistan, dans les Balkans et aussi en Côte d’Ivoire. Nous sommes également susceptibles de répondre par notre force aérienne, par notre groupe aéronaval et également par nos forces terrestres à une décision qui serait celle du Président de la République.
Michèle Alliot-Marie merci à vous, bonne journée !
ericjeanloicbreton |
| 2003-02-09 10:50:39
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ALLIOT-MARIE, DEFENSE
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Jeudi 6 février 2003
ALLOCUTIONS D'ALLIOT-MARIE
Allocution de Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, à l'occasion de l'installation de la commission relative à la révision du statut général des militaires.
Paris, le 5 février 2003
Pour en savoir plus
Mesdames,
Messieurs,
Comme vous le savez, le statut général des militaires détermine l’état et la condition des militaires dans un pays. Il détermine en particulier les équilibres entre les contraintes et les exigences d’une part, les garanties et les compensations qui sont apportées aux militaires d’autre part.
L’actuel statut général des militaires date de 1972 et il a été très peu modifié depuis. Or, nous constatons que, depuis cette date, la société a évolué. Les armées ont elles aussi évolué.
La professionnalisation des armées, réalisée au cours des six dernières années, a profondément transformé les rapports entre la Nation et les armées. La professionnalisation a également transformé le métier militaire et les caractéristiques de ce métier, notamment en ce qui concerne son recrutement et sa nécessaire fidélisation.
Ce recrutement se trouve donc aujourd’hui confronté aux exigences du marché et, si je puis dire, mis en concurrence avec le secteur privé ou avec les autres administrations.
De plus, au cours notamment des opérations sur les théâtres extérieurs, les militaires français sont appelés à côtoyer des militaires d’autres pays occidentaux dont les statuts sont sensiblement différents.
Pour l’ensemble de ces raisons, il était donc nécessaire de procéder à un certain nombre d’adaptations. C’est ce qu’a souhaité le Président de la République.
C’est le sens de la démarche entreprise à partir d’aujourd’hui.
Nous avons donc souhaité que soit mise en place une commission, composée à la fois de représentants du ministère de la Défense mais également de personnalités extérieures, afin de faire le bilan des travaux qui ont déjà pu être engagés dans ce domaine et apporter l’ensemble des éléments nous permettant d’avancer notre réflexion.
La commission aura donc à réfléchir à de nouvelles propositions concernant le statut général des militaires, en prenant en compte à la fois les exigences fondamentales liées à la mission spécifique confiée par la nation aux militaires, les principes de neutralité, de discipline et de disponibilité, et étudier les aménagements nécessaires avec la modernisation d’un certain nombre de rapports.
C’est un travail difficile qui a été confié à cette commission.
Je remercie ceux qui ont accepté d’en faire partie, au premier rang desquels son président, Monsieur Renaud Denoix de Saint Marc, qui est à la tête du conseil d’état, et donc le premier fonctionnaire de France. Je remercie également le vice-président, l’amiral Bereau, et le rapporteur général, le contrôleur général des armées Larhant.
Comme je viens de le dire, cette commission est constituée de personnalités qualifiées de la société civile, afin de lui donner son ouverture nécessaire. Je salue, et remercie en particulier, Madame Colloc’h, DRH du groupe AXA, Monsieur Saget, conseiller du ministre de l’Education nationale, et Monsieur Boëne, qui ont accepté donc de travailler au côté des représentants de chaque force armée et service, puisque chacune des forces armées et chacun des services sera représenté.
La commission comprend également quatre personnalités du ministère à côté de groupe d’experts et un groupe de membre du CSFM qui fournira des contributions à ces travaux.
Il s’agit donc d’une vaste concertation qui est organisée autour de la commission.
Les travaux sont destinés à durer une année.
Comme j’ai eu l’occasion de le dire, je souhaite qu’en 2004, nous puissions mettre en place le nouveau statut général des militaires avec les modifications législatives qui seront vraisemblablement nécessaires.
Quatre domaines d’études nous paraissent importants, au jour d’aujourd’hui. Nous verrons ensuite les développements.
Ces quatre domaines concernent les droits civils et politiques des militaires, la concertation, les garanties juridiques et enfin les grandes règles de gestion. Je l’ai évoqué en parlant du problème du recrutement.
Il est prévu qu’un rapport d’étape soit rédigé. Il sera alors soumis au président de la République.
Le second semestre sera, quant à lui, consacré à des consultations interministérielles et à la rédaction du rapport définitif qui servira de base au projet de loi qui sera soumis au Parlement au printemps 2004. Voilà ce que je pouvais vous dire de ce premier travail au moment où nous venons d’installer la commission
En conclusion, je vous dirai simplement que ce travail est un élément essentiel de consolidation de la professionnalisation des armées. Il est de plus un élément fondamental de l’insertion harmonieuse des militaires dans l’ensemble de la société, et ceci dans le souci de respect de leur spécificité.
Entretien du ministre de la Défense, madame Michèle Alliot-Marie sur toutes les radios
Paris, le 5 février 2003
450 militaires français direction Côte d'Ivoire, ils sont déjà partis d'ailleurs, pourquoi ce renforcement?
Michèle Alliot-Marie :
Depuis le début de la crise ivoirienne, nous nous adaptons en fonction de la situation. Il s'agit donc d'une adaptation. Ce que je constate aujourd'hui, c'est l'inquiétude de nos compatriotes et, d'une façon générale, une inquiétude des étrangers en Côte d'Ivoire, inquiétude que l'on peut comprendre d'ailleurs. Il est tout à fait normal que les gens soient inquiets. Même s'ils ne sont pas directement touchés, ils voient des tensions. Ce climat d'incertitude implique donc qu'on leur réponde. Ce renfort sera de nature à montrer à nos ressortissants que le ministère de la défense est très attentif à la situation et qu'il prend en permanence toutes les dispositions nécessaires pour s'adapter aux évolutions de la situation.
C'est un renfort psychologique ?
C'est un renfort qui devrait effectivement rassurer nos compatriotes. Cela leur permet de bien percevoir que nous sommes présents sur le terrain et que nous avons tous les moyens d'assurer leur protection.
Ces renforts sont plus destinés à sécuriser les Français d'Abidjan ?
Les renforts concernent essentiellement Abidjan, car c'est à Abidjan que se trouve la plus forte concentration de nos compatriotes et des étrangers. S'y trouvent à la fois des Français, et également de nombreux Libanais mais un certain nombre d'autres nationalités.
Vous avez senti effectivement ce sentiment au niveau des Français de Côte d'Ivoire non pas, on ne peut pas parler d'appel au secours mais de dire : ne nous oubliez pas ?
Oui. Je vous le répète, c'est tout à fait normal. On ne peut que comprendre l'inquiétude des gens, même s'ils sont dans un pays qu'ils connaissent bien. Ils peuvent subir des affrontements et s'il y a des tensions entre différents groupes, il est évident que pour ceux qui se trouvent au milieu ou à côté, c'est toujours une situation difficile.
Ces renforts appliqueront les mêmes règles que l'opération Licorne si jamais ils sont vis-à-vis des rebelles ou d'autres, mis en cause, si leur intégrité est menacée?
Leur première mission, c'est de protéger les ressortissants français et les étrangers.
Est-ce qu'ils sont suffisants, est-ce que 450, c'est suffisant pour évacuer en cas d'urgence?
Ce sont 450 qui se rajoutent, je vous le rappelle, aux 1500 à 2000, déjà sur place à Abidjan.
L'évacuation n'est toujours pas d'actualité?
L'évacuation n'est toujours pas d'actualité. Vous pouvez d'ailleurs constater que, depuis plusieurs jours, une certaine accalmie de la situation à l'égard des étrangers.
Pourquoi l'armée de terre ne met-elle pas ses moyens à disposition de l'évacuation des civils qui le souhaitent, alors que les compagnies ont du mal à fournir les capacités elles-mêmes pour évacuer ces gens?
Les compagnies aériennes n'ont pas du mal à fournir les capacités. Hier, quelques avions sont rentrés avec seulement 50 passagers à bord alors qu'ils avaient une capacité de 500 passagers.
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ericjeanloicbreton |
| 2003-02-06 13:26:44
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DEFENSE, ALLIOT-MARIE
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Mercredi 5 février 2003
ALLIOT-MARIE
Ministère de la Défense - Délégation à l'Information et à la COmmunication de la Défense. Paris, le 20 janvier 2003 Allocution de Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, à l'occasion de la cloture des 10e rencontres parlementaires « PAIX ET DEFENSE » Monsieur le président, Mesdames et messieurs les parlementaires, Mesdames, messieurs, Je remercie Messieurs d’Aubert et Boucheron de m’accueillir en ces murs pour conclure les dixièmes rencontres parlementaires « Paix et défense ». Cette tradition bien établie s’enracine dans un succès renouvelé. Le thème de vos débats est au cœur de notre action dans le long terme. La défense d’aujourd’hui est essentielle pour la paix de demain : « Si vis pacem para bellum ». L’anticipation et la dissuasion qu’elle rend possibles, la crédibilité qu’elle apporte à notre Défense en sont les instruments. La France, pour assurer son autonomie stratégique, doit disposer d’entreprises performantes. L’autonomie stratégique n’est ni un concept abstrait, ni un prétexte destiné au soutien de notre industrie pour des raisons commerciales. Les conditions d’accès aux technologies nécessaires à la dissuasion, au spatial ou encore aux missiles de croisière sont là pour nous le rappeler. L’autonomie stratégique est une nécessité. Elle se nourrit de la recherche. Si la loi de programmation est principalement orientée vers la production d’équipements, un effort accru en matière de recherche et technologie y a été inscrit. Il doit permettre de maintenir les compétences et savoir-faire stratégiques des bureaux d'études et de préserver notre base industrielle. Cet effort permet aussi d’anticiper et de maîtriser les coûts et les risques techniques inhérents à la réalisation de nos programmes. Cet accent mis sur la recherche a également pour finalité d’intégrer les évolutions technologiques nous rendant capable de faire face efficacement à la diversité des nouvelles menaces. L’anticipation des prochaines ruptures technologiques, le maintien de notre capacité à les traduire en termes stratégiques et opérationnels sont les conditions de notre aptitude à tenir notre rang et à remplir nos engagements. De nombreux moyens ont été mis en place pour restaurer la disponibilité des matériels et moderniser les équipements des armées. Les moyens que nous consacreront à la recherche témoignent de notre volonté de nous mobiliser également sur des préoccupations de long terme. La recherche de défense, enjeu de prospective à long terme et de sécurité pour nos concitoyens, repose durablement sur une implication forte de l’État. Le ministère de la Défense s’y investit donc avec responsabilité et détermination. Vous avez tous eu à l’esprit aujourd’hui la grande disparité entre les budgets consacrés à la recherche de défense de part et d’autre de l’Atlantique, au profit de deux grandes bases industrielles concurrentes, américaine et européenne. Le contexte budgétaire européen particulièrement contraint ne nous permet pas d’espérer consentir le même effort que nos alliés américains. Dans certains cas, nous aurons sans doute à travailler avec eux. Mais l’écart important entre les budgets européens et américains va peser durablement sur nos politiques de recherche. La France a choisi d’aborder la question de la recherche avec ambition et avec une méthode adaptée à ses besoins et ses moyens. La LPM comporte un volet important dédié à la recherche. Les ressources que le projet de loi de programmation militaire prévoit de consacrer à l’effort de recherche technologique s’élèvent à 3,8 Md€ sur les six ans à venir. Cela représente une hausse d’environ 16 % par rapport à l’exécution de la loi de programmation militaire précédente, la LPM 1997-2002. En la matière, la France rejoint le niveau des dépenses du Royaume Uni. Il est essentiel que cet effort se traduise par une utilisation optimale de ces crédits. Les chefs d’états-majors ont rappelé aujourd’hui que nous devons nous concentrer sur les technologies qui serviront directement les facteurs d’efficacité opérationnelle en vue d’obtenir une supériorité sur le terrain. L’activité prospective et la détermination d’un référentiel de capacités technologiques nécessaires pour satisfaire les exigences des systèmes de forces de notre défense seront poursuivies afin de continuer à orienter notre recherche de défense. L’efficacité de notre organisation peut encore être renforcée. Afin de mieux faire partager nos besoins aux industriels, les prochains carrefours « DGA/Industries » doivent permettre de favoriser le cofinancement des études par ceux-ci et d’identifier les marges de progrès. J’ai demandé à la DGA, pour le mois de mars, des propositions de nature à améliorer les procédures contractuelles existantes et à mieux coordonner l’ensemble des études amont. Ces propositions devront être formulées avec le souci de mieux mobiliser les PME innovantes tant dans leur savoir faire que dans leur capacité à répondre à nos attentes. Un protocole entre le ministère de la Recherche et le ministère de la Défense est en cours d’élaboration. Il vise à mieux coordonner les efforts respectifs des deux ministères et à favoriser la recherche civile à vocation duale. Tous ces projets doivent jouer un rôle de levier pour nos investissements. Dans cet esprit, je suis bien sûr disposée à examiner les propositions que vous avez faites aujourd’hui et qui sont de nature à améliorer l’emploi des fonds publics. Les efforts déployés par la France seule ne seront pas suffisants, vous le savez. Les grands groupes américains cherchent aujourd’hui à accroître leur avance technologique en imposant leurs concepts, en particulier dans le cadre du programme de défense antimissile. Ils promeuvent leurs produits, comme le prouve le succès remporté, avant même son lancement, par le programme d’avion de combat Joint Strike Fighter. Ce défi industriel est un défi politique pour l’Europe. Il nous appartient de le relever dans un contexte européen Nous pouvons déjà nous féliciter de ce qui a été accompli. Le processus ECAP offre aujourd’hui aux Européens une structure de réflexion commune sur les besoins capacitaires de l’Europe et les moyens de les satisfaire. Dans le cadre de la LoI, six pays dont la France, travaillent actuellement à l’harmonisation de leurs procédures et à la rationalisation des travaux qu’ils financent, notamment vis-à-vis des sociétés transnationales. L’OCCAR permet d’envisager de mener des projets en s’affranchissant de la règle du juste retour industriel par projet qui freine encore si souvent la construction d’une Europe de l’armement. De nombreux accords bilatéraux rendent possible la mise en commun de ressources à des fins de recherche commune. Toutes ces réalisations sont là pour témoigner que beaucoup en Europe ont pris conscience de l’enjeu. Pourtant, vous en avez fait le constat dans la plupart des pays européens, les budgets ne suivent pas. A l’exception de la France et du Royaume Uni, les Européens, pour des raisons industrielles mais surtout budgétaires, ont aujourd’hui le plus grand mal à dégager les moyens nécessaires au développement d’une Europe de la Défense. Il est nécessaire de contrecarrer ce paradoxe en poursuivant nos efforts. Nous devons mobiliser un plus grand nombre de pays. Les coopérations bilatérales doivent être renforcées. Le processus ECAP doit être poursuivi par le lancement de projets à géométrie et ampleur financière variables. En la matière, des propositions concrètes émanant des industriels sont les bienvenues. La Convention européenne sera également l’occasion de faire progresser, avec nos partenaires, la construction de l’Europe de la Défense dont la politique de recherche constitue un élément clef. Des propositions ont déjà été faites. En particulier, le groupe de travail Défense de la Convention, présidé par Michel Barnier, propose la création d’une Agence européenne d’armement et de recherche stratégique. Sans rentrer dans le détail de la structure proposée, le groupe de travail souhaite avant tout la mise en commun de notre recherche de défense et de l’acquisition de nos équipements. Outre la France et le Royaume-Uni, certains ont une recherche de défense qui n’est pas négligeable. Ceux qui investissent peu dans la recherche consacrent néanmoins des ressources importantes dans l’acquisition de matériels. Leurs besoins doivent être pris en compte dans le cadre de cette recherche menée en commun. Le constat dressé par les industriels est juste. Ces dernières années, nous avons œuvré à l’amélioration de la cohérence de l’offre industrielle européenne et nous continuerons à le faire. Nous devons également avancer dans l’harmonisation de la demande. Enfin, pour mener à bien politiquement cette entreprise, nous ne saurions nous passer de l’adhésion de tous les pays de l’Union européenne. Tous peuvent, quels que soient leurs moyens, renforcer la légitimité de la position européenne dans le monde. Ainsi, notre objectif premier, indépendamment du choix des structures, doit être le renforcement de la volonté de l’Europe de se doter des moyens de sa défense. Le cadre institutionnel ne doit pas être le substitut de l’ambition politique. Face aux nouvelles menaces et aux nouveaux risques, la France entend consacrer d’importants moyens à sa recherche de défense. La France souhaite que l’ensemble des Européens prennent également conscience de l’enjeu stratégique et participent activement à relever les défis scientifiques, techniques et industriels qui nous font face. Seule cette vision à long terme, incarnée dans un effort partagé, nous permettra de préparer l’avenir de paix et de sécurité auquel aspirent légitimement tous les Français et tous les Européens. Elle permettra également à l’Europe d’être plus efficace au service de la paix et de la sécurité du monde. Je vous remercie.
ericjeanloicbreton |
| 2003-02-05 08:51:08
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ALLIOT-MARIE, DEFENSE
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